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Ecrits par le Collectif

Un nouvel espoir pour le Moyen Orient

| 21 02 2010

Beaucoup de choses ont déjà été dites et redites à propos de la commémoration du 65ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau et de cette découverte de l’horreur absolue, à nulle autre pareille dans l’histoire de l’humanité.

Beaucoup de choses ont déjà été dites et redites à propos de la commémoration du 65ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau et de cette découverte de l’horreur absolue, à nulle autre pareille dans l’histoire de l’humanité.
En tant qu’animateurs du Collectif Dialogue & Partage, qui a à la fois pour vocation de combattre l’antisémitisme et de promouvoir le dialogue judéo-arabe, il nous plait de souligner ici un événement tout à fait remarquable, qui mérite d’être largement répercuté tant il est porteur de promesses nouvelles. Il s’agit de la participation de Mohammad Barakeh, dirigeant du parti Hadash, essentiellement composé d’Arabes Israéliens, à un voyage à Auschwitz. Une participation chargée de symboles et un geste fort tout à la fois face aux négationnistes qui dans le monde arabe englobent le refus de la vérité historique dans leur refus global de la réalité israélienne et à ces autres qui attendent des gestes politiques forts du gouvernement israélien en direction des Palestiniens avant de montrer une compassion quelconque vis-à-vis des victimes de la Shoah.
Le mouvement La Paix Maintenant  a tout à fait raison d’estimer que ce déplacement en lui-même,  a une portée plus importante que la visite effectuée en ce moment dans la région par Georges Mitchell, le représentant d’Obama.
Certes, le geste de Mohammad Barakeh ne fait pas l’unanimité dans la population arabe d’Israël et moins encore parmi les Palestiniens des Territoires occupés ou dans les pays arabes. En effet, comme l’explique, dans un article publié par le quotidien progressiste israélien Haaretz, Mohammad Darawshe, une autre personnalité en vue de la communauté arabe d’Israël, l’annonce du voyage de Barakeh a déclenché un débat surchauffé dans la presse arabe israélienne. «Beaucoup ont considéré cela comme un geste positif qui suivait les efforts d’autres membres de la communauté arabe de se rapprocher des Juifs et d’améliorer les relations entre les deux communautés, dont la création d’un petit musée de la shoah à Nazareth et la visite conjointe à Auschwitz de 260 éducateurs, leaders religieux et municipaux juifs et arabes israéliens en mai 2003, emmenés par le père Shoufani», écrit Darawshe, qui précise néanmoins que près de la moitié des réactions dans les médias ont été négatives («dont beaucoup sont dues à des rivalités politiciennes»).
Nous pensons cependant, à l’instar de ce qu’écrit Mohammad Darawshe, que ce voyage représente une opportunité unique pour les deux communautés principales de l’Etat d’Israël, la communauté juive, majoritaire et la communauté arabe (qui comprend, rappelons-le, à la fois des chrétiens et des musulmans) et au-delà pour l’ensemble du peuple palestinien également, ces différents groupes étant empêtrés dans une logique infernale du refus, dont il n’importe pas ici d’analyser, une fois de plus, les causes profondes et les responsabilités, mais qu’il faut impérativement aider les intéressés à surmonter.

 

Reconnaître la souffrance de l’autre pour arriver à un véritable dialogue

Il n’est pas question de comparer en quoi que ce soit, tant aux plans quantitatifs que qualitatifs la Shoah et la Naqba (l’exode des populations arabes du territoire israélien dans le contexte de la Guerre d’Indépendance d’Israël, il y a un peu plus de 60 ans). Les comparaisons incessantes entre Gaza et Auschwitz, par exemple, ont pour double effet pervers de diaboliser les Israéliens au-delà de toute expression, mais par la même de banaliser la Shoah et sont, de ce seul fait, radicalement inacceptables. D’ailleurs Barakeh, lui-même, «issu d’une famille forcée de fuir le village de Safuriya» en 1948, souligne avec force que «l’on ne doit pas doit pas comparer la Shoah à l’histoire tragique des Palestiniens».
Mais l’empathie dont témoigne Barakeh par cette visite même aura peut-être et, espérons-le, sans doute pour résultat de susciter un certain déblocage psychologique de l’autre côté, permettant aux Juifs Israéliens de faire montre d’une empathie parallèle face à la souffrance ressentie par les Palestiniens.
Le Moyen Orient est une région hautement chargée en symboles, sans doute même de façon excessive,  pour que l’on ne mesure pas à sa juste valeur l’importance de certains gestes symboliques. On se souvient encore aujourd’hui avec émotion de l’importance de ceux qu’ont représentés à l’époque le voyage d’Anouar Sadate en Israël ou la main tendue d’Itzhak Rabin aux Palestiniens. Tous deux ont d’ailleurs payé de leur vie l’audace d’un geste de rupture radical par rapport à une politique d’affrontement sans cesse renouvelée.
La commémoration de la libération d’Auschwitz pourrait ainsi contribuer, au-delà des stéréotypes qui figent les deux peuples dans une attitude d’hostilité larvée et, au mieux, de méfiance sans cesse renouvelée, à ce que tombent les murs psychologiques, qui, infiniment plus que celui de brique construit par Israël, rendent le rapprochement particulièrement difficile, même si tout le monde sent que celui-ci reste, au-delà de toutes les péripéties, un objectif incontournable.

Sara Brajbart-Zajtman, Maurice Einhorn, et Roger De Lathouwer


Publié dans le journal L´Echo, le 30 janvier 2010

 

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