Ecrits des Membres
Sauvons le Musée Juif de Malines
Joël Kotek, historien, Viviane Teitelbaum, députée, Jacques Zajtman, architecte - Le Soir - Samedi 07 Janvier 2006
À qui appartient le Musée Juif de la Déportation et de la Résistance de Malines ? À une commission d´"historiens"qui excluent les victimes de la Shoah ?
La question peut paraître étrange. Elle ne l´est guère pour tous ceux qui s´inquiètent de la récente volonté du Gouvernement flamand de remettre en question le formidable outil pédagogique que représente aujourd´hui le Musée Juif de la Déportation et de la Résistance de Malines.
Il serait question, en effet, de le transformer tantôt en Centre des Droits de l´Homme, tantôt en lieu de mémoire de tous les génocides et autres crimes de masse du 20ème siècle. Que la Shoah se retrouvera banalisée ne fait aucun doute, c´est même l´objectif avoué de ses concepteurs, comme le rapporte le Standaard.
(www.standaard.be/Artickel/Detail.aspx?artikelId=GE5MOD3K)
Cette banalisation de la Shoah et du Musée de Malines est inacceptable.
Le Musée Juif de Malines est un lieu historique consacré à ses victimes, aux 2% de Roms et aux 98% de Juifs, non Belges pour la plupart, arrêtés sur le sol belge. En effet, ceux-ci étaient soit de
nationalité étrangère, soit apatrides. Ce furent ainsi des étrangers originaires de Pologne, de Roumanie mais aussi de Turquie qui, coupables du seul crime d´être nés juifs, y furent parqués avant d´être déportés pour un voyage sans retour vers le camp de la mort d´Auschwitz. En cela, le camp de transit de Malines est avant tout un lieu de Mémoire du peuple juif et des Roms. Le fait qu´il se trouve en Flandre n´y change rien d´autant qu´y furent acheminés les Juifs de Bruxelles et de Wallonie. Le sort du Musée de Malines concerne donc autant la Communauté française que la Communauté flamande.
Que cette dernière se préoccupe du devenir [du Musée] de Malines est en soi naturel et louable.
Cela nous paraît même d´autant plus légitime qu´une certaine Flandre, heureusement minoritaire, collabora directement à la déportation des Juifs de Belgique, tout comme d´ailleurs certains milieux francophones.
Comment oublier que la police d´Anvers participa aux rafles ordonnées par les Nazis et que se trouvaient parmi les gardiens de Breendonk des SS flamands ? Précisément, c´est bien cette histoire-là que Malines se doit de continuer à raconter ; une histoire faite certes de veulerie mais aussi de courage – pensons aux Justes qui risquèrent leur vie pour sauver des innocents. Rappeler les dangers de l´extrême droite en s´inspirant de l´exemple concret de la persécution des Juifs de Belgique doit rester l´objectif prioritaire du musée rénové de Malines.
S´agirait-il de tirer un trait sur le projet flamand du Musée des Droits de l´Homme ? Certainement pas ! Nous sommes beaucoup à penser qu´un tel projet - à l´heure où le cordon sanitaire autour du VB risque de sauter - est plus que jamais nécessaire. Pour le réaliser, l´endroit le mieux approprié n´est-il pas Breendonk, un lieu qui symbolise parfaitement le combat de nos amis néerlandophones ? Faut-il rappeler que c´est à Breendonk que furent internés majoritairement les défenseurs de la liberté, Flamands, Bruxellois, Wallons et Juifs des trois régions ? Les prisonniers politiques qui y ont été torturés, souvent jusqu´à ce que mort s´ensuive, provenaient de toutes les régions du pays.
L´existence d´un Musée Juif de la Déportation et de la Résistance en Flandre, commémorant la Shoah, s´apparente à un geste de réparation, de "repentance"- même si les paroles n´ont jamais été prononcées - à un geste de reconnaissance envers un génocide qui, à la différence des autres génocides, s´est produit en partie sur le sol belge. Sa disparition consternerait les démocrates et les humanistes, elle consacrerait la victoire de ceux pour qui la Shoah est un « détail de l´histoire ».
Nous osons croire que telle n´est pas l´intention du Gouvernement flamand.
Co-signataires : Sara Brajbart, Maurice Einhorn, Doubi Ajami, Hélène et Denis Baumerder, Gregory Bornet, Benoît Bourgine, Ouzia et Henri Chait, Diane Culer, Roger De Lathouwer, Evelyne Hania, Georges Hirsh, Christophe Goossens, Michel Gross, Francis Grunchard, Gilles Jospa, Eva et Karl Kaminski, Louis Kanarek, Jacques et Lizi Kummer, Ruth Laub, Marlène Leroy, Rachel Lipszyc, André Nayer, Danielle Peres, Patrick et Catherine Poty, Yves Rasir, Yvette Rauwers, Alain Reisenfeld, Stephane Rottenberg, Marc Weisser, Guy Wolf, Khalil Zeguendi. Membres du Collectif Dialogue & Partage *
Il serait question, en effet, de le transformer tantôt en Centre des Droits de l´Homme, tantôt en lieu de mémoire de tous les génocides et autres crimes de masse du 20ème siècle. Que la Shoah se retrouvera banalisée ne fait aucun doute, c´est même l´objectif avoué de ses concepteurs, comme le rapporte le Standaard.
(www.standaard.be/Artickel/Detail.aspx?artikelId=GE5MOD3K)
Cette banalisation de la Shoah et du Musée de Malines est inacceptable.
Le Musée Juif de Malines est un lieu historique consacré à ses victimes, aux 2% de Roms et aux 98% de Juifs, non Belges pour la plupart, arrêtés sur le sol belge. En effet, ceux-ci étaient soit de
nationalité étrangère, soit apatrides. Ce furent ainsi des étrangers originaires de Pologne, de Roumanie mais aussi de Turquie qui, coupables du seul crime d´être nés juifs, y furent parqués avant d´être déportés pour un voyage sans retour vers le camp de la mort d´Auschwitz. En cela, le camp de transit de Malines est avant tout un lieu de Mémoire du peuple juif et des Roms. Le fait qu´il se trouve en Flandre n´y change rien d´autant qu´y furent acheminés les Juifs de Bruxelles et de Wallonie. Le sort du Musée de Malines concerne donc autant la Communauté française que la Communauté flamande.
Que cette dernière se préoccupe du devenir [du Musée] de Malines est en soi naturel et louable.
Cela nous paraît même d´autant plus légitime qu´une certaine Flandre, heureusement minoritaire, collabora directement à la déportation des Juifs de Belgique, tout comme d´ailleurs certains milieux francophones.
Comment oublier que la police d´Anvers participa aux rafles ordonnées par les Nazis et que se trouvaient parmi les gardiens de Breendonk des SS flamands ? Précisément, c´est bien cette histoire-là que Malines se doit de continuer à raconter ; une histoire faite certes de veulerie mais aussi de courage – pensons aux Justes qui risquèrent leur vie pour sauver des innocents. Rappeler les dangers de l´extrême droite en s´inspirant de l´exemple concret de la persécution des Juifs de Belgique doit rester l´objectif prioritaire du musée rénové de Malines.
S´agirait-il de tirer un trait sur le projet flamand du Musée des Droits de l´Homme ? Certainement pas ! Nous sommes beaucoup à penser qu´un tel projet - à l´heure où le cordon sanitaire autour du VB risque de sauter - est plus que jamais nécessaire. Pour le réaliser, l´endroit le mieux approprié n´est-il pas Breendonk, un lieu qui symbolise parfaitement le combat de nos amis néerlandophones ? Faut-il rappeler que c´est à Breendonk que furent internés majoritairement les défenseurs de la liberté, Flamands, Bruxellois, Wallons et Juifs des trois régions ? Les prisonniers politiques qui y ont été torturés, souvent jusqu´à ce que mort s´ensuive, provenaient de toutes les régions du pays.
L´existence d´un Musée Juif de la Déportation et de la Résistance en Flandre, commémorant la Shoah, s´apparente à un geste de réparation, de "repentance"- même si les paroles n´ont jamais été prononcées - à un geste de reconnaissance envers un génocide qui, à la différence des autres génocides, s´est produit en partie sur le sol belge. Sa disparition consternerait les démocrates et les humanistes, elle consacrerait la victoire de ceux pour qui la Shoah est un « détail de l´histoire ».
Nous osons croire que telle n´est pas l´intention du Gouvernement flamand.
Co-signataires : Sara Brajbart, Maurice Einhorn, Doubi Ajami, Hélène et Denis Baumerder, Gregory Bornet, Benoît Bourgine, Ouzia et Henri Chait, Diane Culer, Roger De Lathouwer, Evelyne Hania, Georges Hirsh, Christophe Goossens, Michel Gross, Francis Grunchard, Gilles Jospa, Eva et Karl Kaminski, Louis Kanarek, Jacques et Lizi Kummer, Ruth Laub, Marlène Leroy, Rachel Lipszyc, André Nayer, Danielle Peres, Patrick et Catherine Poty, Yves Rasir, Yvette Rauwers, Alain Reisenfeld, Stephane Rottenberg, Marc Weisser, Guy Wolf, Khalil Zeguendi. Membres du Collectif Dialogue & Partage *
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