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Ecrits par le Collectif

Moyen-Orient: non aux simplismes réducteurs

| 09 11 2002

"Vers l'Orient compliqué, je partais avec des idées simples", écrivait naguère Charles de Gaulle à propos du Proche-Orient.

 "Vers l'Orient compliqué, je partais avec des idées simples", écrivait naguère Charles de Gaulle à propos du Proche-Orient. Hélas, bien des Européens ont agi de même à travers les décennies et continuent à le faire, aujourd'hui plus que jamais. Depuis le déclenchement de la deuxième Intifada, ce simplisme a en effet atteint un paroxysme, aggravé encore par le véritable syndrome de Stockholm suscité sur le vieux continent par les attentats du 11 septembre.

Une partie de l'opinion a effectué un singulier renversement dans la vision de cet événement majeur, la victime (américaine) devenant bourreau, les tueurs acquérant peu ou prou le statut, sinon de victimes, du moins de porte-drapeaux des "damnés de la terre". Ce plus grand attentat terroriste de tous les temps, cet authentique moment de vérité,  est devenu pour certains en Europe une simple péripétie alors qu'il inaugure l'ère du nihilisme mondialisé, comme l'écrit André Glucksmann (1).


 


L'antisémitisme, mis sous le boisseau pendant des décennies, commence à pointer à nouveau ici et là. Même si, dans notre pays, il reste encore marginal et moins prononcé que la xénophobie ambiante, notamment anti-maghrébine. Et même si les pouvoirs publics et la Belgique officielle ne participent nullement à ce phénomène, il a perdu son caractère jusque-là "politiquement incorrect". Les Juifs sont de nouveau confrontés au caricatural "je ne suis pas antisémite, mais... ". Beaucoup éprouvent un angoissant  malaise dans ce pays, leur pays. Le phénomène n'est évidemment pas limité à la Belgique. Pour s'en assurer, on citera Monseigneur Rowan Williams, l'archevêque du Pays de Galles, qui fait partie de ces ecclésiastiques britanniques inquiets de voir que l'opposition à Israël est souvent motivée par un antisémitisme profondément enraciné dans la théologie chrétienne (antérieure à Vatican 2, ajouterions-nous)(2). 


 


 Dans une carte blanche publiée par Le Soir daté du 17 octobre dernier, Ouri Wesoly, qui fut jadis rédacteur en chef de Regards, verse lui aussi dans le simplisme le plus radical lorsqu'il traite ce malaise par un sarcasme méprisant. Son analyse, dénuée de toute lucidité, dédouane tous ceux qui, depuis deux ans, " dérapent " dans les propos qu'ils tiennent à propos des Juifs et d'Israël. 


 


Certes,  nous ne sommes pas dans l'Allemagne nazie de 1933, ni dans la France maurrassienne de l'avant-guerre. La Belgique n'est pas un pays antisémite. Il n'en reste pas moins qu'un nombre croissant de leaders d'opinion recourent aujourd'hui aux clichés les plus éculés, habilement enrobés dans un discours prétendument antisioniste. L'antisionisme est  devenu  le discours politiquement correct d'une certaine gauche et de l'extrême droite. Il faudrait être sourd pour ne pas l'entendre. Ou vivre dans un ghetto.


 


Ainsi, comment ne pas être troublés par les propos tenus par Josly Piette, secrétaire général de la CSC, sur les ondes de la RTBF dans le cadre de l'émission dominicale de Paul Germain? Interrogé sur les images de l'attentat de Bali, M. Piette condamne fermement celui-ci, en ajoutant tout aussitôt les propos suivants: "Il y a bien sûr aussi des raisons que l'on peut analyser par rapport à ce type de comportement et on y reviendra, lorsqu'on parlera notamment d'Israël et du comportement d'Israël et des Américains". On aura reconnu une fois de plus l'éternel c'est la faute aux Juifs.


 


" Le Soir ", ce journal avec lequel la communauté juive entretenait une histoire d'amour depuis belle lurette, n'a pas été exempt de dérapages que nous jugeons regrettables. Faut-il le dire, la publication de certains courriers de lecteurs, de cartes blanches ou d'articles que nous estimons partiaux (tel le reportage sur le terroriste expatrié de Bethléem) ont blessé une grande partie de la communauté juive et non seulement une poignée de Juifs d'extrême-droite, comme Oury Wesoly se plait à le croire. Est-ce faire preuve de " l'esprit de ghetto " que de s'indigner de la manière dont certains journalistes de la presse écrite et audio-visuelle rendent compte du conflit au Moyen-Orient. Reconnaissons que le fait d'être publié aujourd'hui dans les colonnes de ce journal, exprime le désir de tourner la page.


 


Ni Arafat, ni Sharon ne semblent vouloir envisager une perspective pacifique au conflit qui endeuille leurs peuples mais, verser dans un simplisme qui conduit à donner un blanc seing aux dirigeants les plus sanguinaires en réservant ses foudres au seul Premier ministre d'Israël n'aide à progresser ni dans la compréhension ni dans la solution de ce conflit.


 


Ce manichéisme simplificateur embrouille les esprits et ne favorise pas la créativité. Or n'est-ce pas de créativité que nous avons besoin ? De cette créativité qui a su faire lever un Gandhi ou abattre le mur de Berlin. Et qui amènera les Palestiniens à renoncer aux attentats et les Israéliens à évacuer les territoires et sonner enfin, le glas de ce conflit fratricide.


 
* anciens et actuels collaborateurs de Regards : Sara Brajbart (présidente-directrice de rédaction), Maurice Einhorn (rédacteur), Michel Gross (rédacteur), Pascale Gruber (secrétaire de rédaction), Dan Kotek ( rédacteur en chef), Joël Kotek (directeur de rédaction), Michel Laub (rédacteur), Shirly Laub (rédactrice), Eliyahou Reichert (rédacteur en chef), Viviane Teitelbaum (rédactrice en chef) ; et du Cclj suivants : Hubert Benkoski (judaisme), Ouzia Chait (pédagogie-judaisme), Liliane Charenzowski (directrice), Béatrice Godlewicz (directrice de la Maison des Jeunes), Evelyne Guzy (membre), Ruth Kupfersztein (comité culture), Jacques Kummer (comité culture), Albert Szyper (fondateur), Lizi Wimmer (comité culture),Jacques Zajtman (membre)

 


(1) A. Glucksmann. Dostoievski à Manhattan, Robert Laffont


(2)  The Spectator, 16-02-2002

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