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Ecrits des Membres

Leur site prône la haine des juifs et des chrétiens

| 06 05 2004

Les responsables du site internet du Centre Islamique de Belgique, Assabyle.com, renvoyés devant le Tribunal correctionnel

Sara Brajbart - 2007-06-25

Tout commence en septembre 2002 avec la diffusion, sur assabyle.com, d'un film vidéo qui appelle à « la fin d'Israël », et dans lequel David Levy, ancien ministre israélien des Affaires Etrangères, est comparé à Hitler.

Le Centre pour l'Egalité des Chances et la Lutte contre le Racisme, service public autonome dépendant du gouvernement fédéral belge, dépose alors une plainte devant le Procureur du Roi. En février 2003, des membres du Collectif Dialogue & Partage - un collectif d'intellectuels juifs et non juifs luttant contre l'antisémitisme et prônant le dialogue judéo-musulman – relancent la procédure : ils introduisent à leur tour, devant le juge d'instruction cette fois, une plainte de partie civile à laquelle le Centre pour l'Egalité des Chances s'est finalement joint.
Bien qu'il se présente comme un site d'information sur l'islam, assabyle.com diffuse essentiellement des textes haineux à l'égard des Juifs, des Chrétiens et des Occidentaux en général : « Les Occidentaux sont tous pareils : leur conscience est pourrie et leur civilisation est trompeuse. Ils prônent une ruse appelée la démocratie », peut-on y lire…
La plupart des textes incriminés – aujourd'hui inaccessibles – du site se concentrent quasi-exclusivement sur la haine des Juifs présentés comme des « mécréants, ennemis, corrompus, maudits, rebelles, ambitieux, sournois, égarés, indignes, désobéissants, transgresseurs, vils, lâches, consternants, faibles, partisans de l'Antéchrist, arrogants, singes et des porcs ». Les textes ne manquent pas de préciser que ce peuple est l'objet d'une malédiction infinie : « Il est évident qu'Allah a promis d'accabler les enfants corrompus d'Israël d'un horrible tourment qui leur sera infligé par Ses serviteurs croyants ». Ils s'achèvent par cette condamnation sans appel : « Et par la suite, le peuple juif périra ».
Lors de l'audience du 30 mars 2004, les avocats des parties civiles ont démontré que leur plainte était fondée. Les appels au mépris et à la haine des hommes, en raison de leur appartenance ou de leur système de valeurs, ainsi qu'à leur anéantissement, constituent bien une infraction à la loi du 30 juillet 1981, connue sous le nom de loi Moureaux. Celle-ci réprime les actes racistes, ainsi que toute association qui, de façon manifeste et réputée, prône une discrimination raciale ou ethnique. Infraction également à la loi du 23 mars 1993 qui punit toute négation du génocide perpétré par les nazis.
Les inculpés, qui se sont présentés sans avocats, ne reconnaissant sans doute que la justice divine, ont invoqué le Coran pour leur défense. Par une manœuvre qui n'a abusé personne, ils ont tenté d'incriminer l'Etat d'Israël – que leurs textes ne mentionnent jamais – et de justifier leur antisémitisme et leur antisionisme en invoquant les Netourei Karta, une secte orthodoxe juive qui ne reconnaît pas la légitimité du sionisme. Excédée, la présidente de la chambre a fini par les interrompre : « Il ne s'agit pas de cela, mais d'une infraction à la loi sur le racisme ».
L'ordonnance de la Chambre du Conseil a été rendue le 26 avril 2004 : les inculpés sont renvoyés devant le Tribunal correctionnel pour y être jugés sur le fond. Pour Maître Christophe Goossens, un des avocats des parties civiles, « Il est temps que les autorités judiciaires belges, et plus généralement le monde politique, reconnaissent que l'antisémitisme n'est plus seulement l'affaire de l'extrême droite classique ; à Bruxelles, l'antisémitisme au quotidien, les brimades et les violences, sont très souvent le fait de jeunes contaminés par les idées intégristes du Centre Islamique de Belgique et de ses semblables ».
C'est dans ce contexte que les sénateurs Anne-Marie Lizin (socialiste) et Alain Destexhe (libéral) viennent de déposer un projet de loi permettant de condamner les inspirateurs du terrorisme. « Il ne s'agit pas de limiter la liberté d'expression mais d'interdire des appels au meurtre. L'acte est aujourd'hui réprimé, sa préparation ne l'est pas » a souligné la sénatrice socialiste.
De leur côté, les sénateurs Christine Defraigne et François Roelants du Vivier (tendance libérale) déposent une « Proposition de résolution relative à la résurgence de l'antisémitisme en Belgique » qui prend en compte de manière réaliste la situation sur le terrain, prévoyant notamment de renforcer les mesures de sécurité autour des écoles et bâtiments fréquentés par les Juifs.
Des mesures qui permettront au Centre de l'Egalité des Chances d'être aussi diligent dans la lutte contre l'antisémitisme qu'il essaie de l'être dans le domaine de l'exclusion sociale ; celle-ci touchant davantage la communauté immigrée ou issue de l'émigration.
Lourd défi pour Josef De Witte, le nouveau directeur du Centre dont la nomination avait suscité des inquiétudes dans la communauté juive. Comme ancien dirigeant de la section néerlandophone d'Oxfam, ONG prônant le boycott des produits israéliens, il n'avait en effet pas semblé éprouver une grande sensibilité au malaise d'une grande partie de la communauté. Il a promis d'y être plus attentif à l'avenir.


6 mai 2004

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