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Le Voile en Belgique

| 09 01 2004

L'islamisme au sein de la société bruxelloise

Sara Brajbart - Vendredi 09 Janvier 2004

L´islamisme au sein de la société bruxelloise
Contrairement à la France, la Belgique n´a pas une tradition de laïcité. Pourtant tous les partis politiques, de gauche et de droite, avancent des arguments pour ou contre une proposition de résolution interdisant le foulard islamique dans les écoles et les administrations. Enquête.

La question du voile vient de donner le coup d´envoi à la campagne électorale pour les élections régionales qui doivent avoir lieu en Belgique au début de l´été. Il ne s´agit pas de mettre en avant, comme en France, un projet de loi mais une proposition de résolution demandant au gouvernement fédéral, aux autorités des communautés ( wallonnes et flamandes) ainsi que des régions (buxelloise, wallonne et flamande) d´adapter les textes législatifs nécessaires permettant l´interdiction du voile dans les écoles et les administrations publiques.
    Les bouillants sénateurs Alain Destexhe du Mouvement Réformateur (MR) et Anne Marie Lizin du Parti Socialiste (PS) dont le soutien aux Palestiniens n´a pas toujours été nuancé dans le passé, sont à l´origine de ce débat.
Un débat qui agace ceux qui préfèrent la paix sociale entre communautés, arguant qu´il y a d´autres problèmes plus urgents à traiter comme, par exemple, le chômage ou l´exclusion qui vise particulièrement la population arabo-musulmane. « Mais le fait qu´il y ait d´autres problèmes n´empêche pas d´examiner ceux causés par le voile », affirme le sénateur MR qui ajoute : « Certains nous disent que le port des signes ostensibles religieux doit être toléré et, d´un autre côté, les mêmes sont extrêmement contents quand des établissement scolaires l´interdisent. Nous y voyons une hypocrisie politique. C´est donc au pouvoir politique de trancher ». La position d´Alain Destexhe ne fait cependant pas l´unanimité au sein de son propre parti. Certains comme Jacques Simonet, député MR et bourgmestre d´une commune bruxelloise, conseillent d´être prudents, notamment pour éviter de valoriser le discours de l´extrême droite.
    Comme en France, les chefs d´établissements scolaires sont parfois confrontés au militantisme de certaines jeunes filles musulmanes et vont, comme à l´Athénée de Laeken 2, une commune bruxelloise, jusqu´à l´interdire. Ce qui n´est pas sans poser problème puisque, contrairement à la France, la Belgique n´a pas une tradition de laïcité mais de neutralité. Ainsi les cours religieux, qu´ils soient catholiques, juifs, protestants ou musulmans, peuvent être suivis par les élèves qui le souhaitent au sein de l´école. Yves Goldstein, candidat régional PS, actuellement attaché au cabinet de la ministre de la Justice : « La neutralité, ce n´est pas la laïcité. La neutralité, c´est avant tout le respect des convictions de chacun et l´école doit être ce lieu de respect. Dès lors, si un élève veut porter le voile ou la kippa et que cela ne perturbe en rien l´exercice et les règles fondamentales de l´enseignement, il faut lui laisser cette liberté. Par contre, les responsables, directeurs ou enseignants, ont le devoir d´être neutres et de ne rien montrer de leur appartenance ». S´il est ainsi en désaccord avec la sénatrice de son parti à l´origine de la demande de légiférer, il se retrouve sur la même ligne que Mustapha El Karouni, avocat et candidat MR aux élections bruxelloises pour qui « l´interdiction a priori pose un problème de légalité. Le système belge est très différent du système français. Il va jusqu´à subventionner des professeurs de religion qui donnent cours dans les écoles. Il serait contradictoire de dire : on enseigne la religion dans les écoles, mais on interdit aux élèves de la pratiquer ».
  
 Celles qui souhaitent se couvrir la tête dans les hôpitaux publics utilisent le bonnet de chirurgien en guise de couvre chef. 
Yvan Mayeur, député bruxellois PS et président du CPAS, équivalent belge de l´Assistance publique - Hôpitaux publics (AP-HP ) : « Dans les hôpitaux publics bruxellois dont je suis responsable de la gestion, les problèmes d´alcoolisme sont beaucoup plus criants que ceux du voile. Nous avons un règlement d´intérieur qui décrit le costume que doit porter le personnel médical et paramédical ; celles qui souhaitent se couvrir la tête utilisent le bonnet de chirurgien en guise de couvre chef. Mais les conflits sont rares. À l´exception d´un unique cas, dans un hôpital du nord de la capitale belge, le personnel musulman est en général de bonne composition. Oui, nous avons dû sévir envers de rares musulmans qui avaient cru bon de s´arrêter pour faire leurs prières. L´un d´entre eux a d´ailleurs été exclu pour abandon de poste. L´hôpital fonctionne comme une entreprise et nous n´avons pas d´états d´âme vis-à-vis de ceux qui ne respectent pas les règles. En clair, je suis contre le port du voile et contre une loi l´interdisant ».
Yvan Mayeur ajoute « Si j´étais responsable de la communauté juive, j´exigerais que l´on cesse de nous amalgamer aux problèmes liés au voile islamique, on sait bien que ce ne sont ni l´étoile de David, ni la kippa qui font problème. C´est l´Islam que l´on vise. Qu´on le dise clairement. »
    Au-delà des intérêts personnels de certains politiciens à surfer sur l´islamophobie de la population, on comprend que de vrais débats doivent avoir lieu et notamment pour Viviane Teitelbaum, candidate régionale MR qui, pour sa part, souscrit à l´idée de légiférer : « Le voile est plus qu´un objet ostentatoire comme la croix ou la kippa, c´est un élément qui met à mal l´égalité des sexes. L´école doit permettre l´intégration des individus et non des communautés. On ne peut pas aboutir à une école du droit à la différence qui va masquer le statut de la femme restreinte dans ses libertés ». Hervé Hasquin, Président de la Communauté française, MR, considère qu´il est temps de « dénoncer les discours tenus dans certaines mosquées de la capitale, qui prônent l´antisémitisme et le terrorisme ». Des dérives avec lesquelles certains candidats musulmans prennent également leurs distances. Ainsi Mustafa El Karouni tient un discours que l´on n´a pas l´habitude d´entendre : « Les musulmans doivent apprendre à vivre en tant que minorité. C´est une situation inédite pour eux ».
    À travers la question du voile, c´est toute la société belge qui doit redéfinir son consensus philosophique. En Belgique, la laïcité s´est construite contre le catholicisme, religion d´État. Et le catholicisme est l´image de marque de la Royauté, ciment d´une Belgique écartelée entre Flamands et Wallons. Une Belgique qui, entre le modèle anglais, communautariste et le modèle français, républicain et laïc, doit inventer un modèle du mieux-vivre ensemble.

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