Ecrits par le Collectif
La paix suicidée ?
Version complète de l’article publié dans Le Vif- L’Express du 25 octobre 2002 en version légèrement abrégée et dans La Libre Belgique - Vendredi 25 Octobre 2002
L’opinion publique a été profondément bouleversée par le déclenchement de la seconde intifada. Dans des milieux éclairés, guerre des pierres, guérilla et bombes humaines furent interprétés comme l’expression d’un désespoir profond. De même, lors des attentats du 11 septembre à New York, nombre d’analystes s’interrogèrent sur la cause de ces attaques sans poser de jugement sur leurs modes d’action ou leurs conséquences. Comme si la fin justifiait les moyens.
L’Occident serait donc coupable de la misère et de l’humiliation du monde musulman, nouveau symbole des « damnés de la terre ». Le voici en train de verser inlassablement son «sanglot de l’homme blanc», selon l’expression de Pascal Bruckner; sentiment de culpabilité aussitôt transféré sur les Etats-Unis et surtout sur Israël, devenu un bouc émissaire planétaire.
On ne veut pas voir que nombre de partisans de cette nouvelle barbarie sont issus de familles aisées. On ne tient pas compte du rôle de la corruption et de l’incompétence de leurs chefs dans les souffrances réelles des Palestiniens. De même que dans les années 50 et 60, on ne dénonçait pas les goulags pour ne pas faire le jeu de la droite, on gomme tout ce qui noircirait les Palestiniens pour ne pas nuire à leur cause ! On retient seulement que poussés au désespoir par l’occupation, ceux-ci n’auraient d’autre choix que le terrorisme.
Israël, ainsi chargé de tous les péchés, comme dans la plus pure tradition judéophobe, est mis au ban des nations par des personnes bien intentionnées faisant souvent fi de la réalité. Toute tentative d’expliquer l’extrême complexité proche-orientale tourne court. Simultanément, les vieux démons antisémites remontent à la surface. Ils se parent tantôt du masque de l’antisionisme, tantôt marchent à découvert. L’horrible One Jew, one bullet (un Juif, une balle) entendu lors du sommet de Durban, illustre la dérive en cours dans les milieux tiers-mondistes. Bien des citoyens juifs de notre pays pourraient également témoigner de la recrudescence très nette de petites phrases assassines et de sous-entendus hostiles.
L’un des aspects les plus outranciers et les plus choquants de cette dérive réside dans une véritable réécriture de l’Histoire; des faits qui vont de l’époque de la création de l’Etat d’Israël aux événements actuels sont réaménagés pour se conformer aux thèses revendiquées aujourd’hui. On entend ainsi une chaîne de télévision de service public assurer qu’en 1948, les Israéliens ont refusé le plan de partage de l’ONU et attaqué leurs voisins arabes. Alors que ces décisions ont été prises par les Arabes !(1) Le refus d’une approche nuancée amène également à nier le triple « non » de Khartoum, un « non » opposé par l’ensemble des pays arabes à Israël. A l’Etat hébreu qui proposait l’échange de la Cisjordanie contre la paix, la réponse fut «non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d’Israël, non à la négociation avec Israël». Ce qui gela pendant 20 ans toute relation entre Israel et les pays arabes. Il faut aussi rappeler qu’Anouar-el-Sadate paya de sa vie la toute première rupture de ce triple refus et que ce furent déjà des islamistes radicaux qui l’assassinèrent.
Quant à Sharon, il est présenté comme la cause unique de la seconde intifada. Or, de multiples sources attestent que l’événement fut préparé de longue date. Cela ne déresponsabilise pas le Premier Ministre israélien. Car comme l’écrit l’historien Zeev Sternhell dans le quotidien de gauche israélien Haaretz du 11 octobre 2002 : «pour le Premier ministre Ariel Sharon et la droite qui soutient la colonisation, une situation sans solution constitue en elle-même la solution idéale». Néanmoins, si Sharon est aujourd’hui Premier ministre, c’est à cause du non têtu qu’opposa Arafat aux propositions réalistes d’Ehud Barak lors des négociations de Taba. Et aujourd’hui nous assistons à une dialectique infernale du refus dans laquelle Sharon et Arafat semblent tous deux littéralement englués.
Le conflit israélo-palestinien a revêtu un caractère emblématique qui ne sert en rien ses protagonistes. En référence à « la guerre des pierres », les Palestiniens ont été parés du costume du David biblique. Sans cesse mentionnés par les islamistes comme le symbole de l’humiliation du monde musulman, pourront-ils se défaire de cette mission trop lourde pour eux, pour aborder concrètement avec les Israéliens les questions liées aux négociations de paix ? Les statistiques récemment parues prouvent la volonté des Israéliens de parvenir à une solution négociée comprenant le retrait des colonies, malgré le traumatisme causé par les attentats-suicides.(1)
Car ce ne sont plus des pierres que l’on lance cette fois, mais des bombes humaines.
Pourquoi avons-nous assisté à une recrudescence de ces attentats alors que la paix se profilait à l’horizon ? Que veulent réellement ceux qui les ont commandités ? Comment sont embrigadés les jeunes prêts à se faire sauter ? Derrière les appels au Jihad lancés par certains mollahs, pourquoi ne dénonce-t-on pas l’instrumentalisation de l’Islam, vénérable religion ? Pourquoi ne se trouve-t-il personne pour signaler qu’il s’agit d’une véritable conquête du pouvoir par des aspirants-dictateurs ? Quant aux fonds versés mensuellement par l’Union Européenne à l’autorité palestinienne, pourquoi toute demande d’enquête ou de contrôle sur leur affectation est-elle bloquée par les commissaires européens ?
Les forces de progrès devraient inlassablement œuvrer pour une solution conciliant les aspirations des deux peuples, plutôt que de verser de l’huile sur le feu des passions en diabolisant l’un des protagonistes. Les anathèmes unilatéraux ne font en rien progresser la marche vers l’indispensable paix entre les peuples israélien et palestinien.
Sara Brajbart-Zajtman, Ouzia Chait, Maurice Einhorn, Evelyne Guzy, Michel Gross, Francis Grunchard, Joël Kotek et Jacques Kummer, membres du Collectif Dialogue et Partage
Diaboliser un seul des protagonistes n’oeuvre pas à une solution conciliant les aspirations des deux peuples, mais ne sert qu’à verser de l’huile sur le feu.
Références générales (ne figurant pas dans le texte par Le Vif-L’Express) :
On ne veut pas voir que nombre de partisans de cette nouvelle barbarie sont issus de familles aisées. On ne tient pas compte du rôle de la corruption et de l’incompétence de leurs chefs dans les souffrances réelles des Palestiniens. De même que dans les années 50 et 60, on ne dénonçait pas les goulags pour ne pas faire le jeu de la droite, on gomme tout ce qui noircirait les Palestiniens pour ne pas nuire à leur cause ! On retient seulement que poussés au désespoir par l’occupation, ceux-ci n’auraient d’autre choix que le terrorisme.
Israël, ainsi chargé de tous les péchés, comme dans la plus pure tradition judéophobe, est mis au ban des nations par des personnes bien intentionnées faisant souvent fi de la réalité. Toute tentative d’expliquer l’extrême complexité proche-orientale tourne court. Simultanément, les vieux démons antisémites remontent à la surface. Ils se parent tantôt du masque de l’antisionisme, tantôt marchent à découvert. L’horrible One Jew, one bullet (un Juif, une balle) entendu lors du sommet de Durban, illustre la dérive en cours dans les milieux tiers-mondistes. Bien des citoyens juifs de notre pays pourraient également témoigner de la recrudescence très nette de petites phrases assassines et de sous-entendus hostiles.
L’un des aspects les plus outranciers et les plus choquants de cette dérive réside dans une véritable réécriture de l’Histoire; des faits qui vont de l’époque de la création de l’Etat d’Israël aux événements actuels sont réaménagés pour se conformer aux thèses revendiquées aujourd’hui. On entend ainsi une chaîne de télévision de service public assurer qu’en 1948, les Israéliens ont refusé le plan de partage de l’ONU et attaqué leurs voisins arabes. Alors que ces décisions ont été prises par les Arabes !(1) Le refus d’une approche nuancée amène également à nier le triple « non » de Khartoum, un « non » opposé par l’ensemble des pays arabes à Israël. A l’Etat hébreu qui proposait l’échange de la Cisjordanie contre la paix, la réponse fut «non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d’Israël, non à la négociation avec Israël». Ce qui gela pendant 20 ans toute relation entre Israel et les pays arabes. Il faut aussi rappeler qu’Anouar-el-Sadate paya de sa vie la toute première rupture de ce triple refus et que ce furent déjà des islamistes radicaux qui l’assassinèrent.
Quant à Sharon, il est présenté comme la cause unique de la seconde intifada. Or, de multiples sources attestent que l’événement fut préparé de longue date. Cela ne déresponsabilise pas le Premier Ministre israélien. Car comme l’écrit l’historien Zeev Sternhell dans le quotidien de gauche israélien Haaretz du 11 octobre 2002 : «pour le Premier ministre Ariel Sharon et la droite qui soutient la colonisation, une situation sans solution constitue en elle-même la solution idéale». Néanmoins, si Sharon est aujourd’hui Premier ministre, c’est à cause du non têtu qu’opposa Arafat aux propositions réalistes d’Ehud Barak lors des négociations de Taba. Et aujourd’hui nous assistons à une dialectique infernale du refus dans laquelle Sharon et Arafat semblent tous deux littéralement englués.
Le conflit israélo-palestinien a revêtu un caractère emblématique qui ne sert en rien ses protagonistes. En référence à « la guerre des pierres », les Palestiniens ont été parés du costume du David biblique. Sans cesse mentionnés par les islamistes comme le symbole de l’humiliation du monde musulman, pourront-ils se défaire de cette mission trop lourde pour eux, pour aborder concrètement avec les Israéliens les questions liées aux négociations de paix ? Les statistiques récemment parues prouvent la volonté des Israéliens de parvenir à une solution négociée comprenant le retrait des colonies, malgré le traumatisme causé par les attentats-suicides.(1)
Car ce ne sont plus des pierres que l’on lance cette fois, mais des bombes humaines.
Pourquoi avons-nous assisté à une recrudescence de ces attentats alors que la paix se profilait à l’horizon ? Que veulent réellement ceux qui les ont commandités ? Comment sont embrigadés les jeunes prêts à se faire sauter ? Derrière les appels au Jihad lancés par certains mollahs, pourquoi ne dénonce-t-on pas l’instrumentalisation de l’Islam, vénérable religion ? Pourquoi ne se trouve-t-il personne pour signaler qu’il s’agit d’une véritable conquête du pouvoir par des aspirants-dictateurs ? Quant aux fonds versés mensuellement par l’Union Européenne à l’autorité palestinienne, pourquoi toute demande d’enquête ou de contrôle sur leur affectation est-elle bloquée par les commissaires européens ?
Les forces de progrès devraient inlassablement œuvrer pour une solution conciliant les aspirations des deux peuples, plutôt que de verser de l’huile sur le feu des passions en diabolisant l’un des protagonistes. Les anathèmes unilatéraux ne font en rien progresser la marche vers l’indispensable paix entre les peuples israélien et palestinien.
Sara Brajbart-Zajtman, Ouzia Chait, Maurice Einhorn, Evelyne Guzy, Michel Gross, Francis Grunchard, Joël Kotek et Jacques Kummer, membres du Collectif Dialogue et Partage
Diaboliser un seul des protagonistes n’oeuvre pas à une solution conciliant les aspirations des deux peuples, mais ne sert qu’à verser de l’huile sur le feu.
Références générales (ne figurant pas dans le texte par Le Vif-L’Express) :
(1) Sondage sur l’attitude des Israéliens face à leur gouvernement et au conflit actuel
Sondage publié par le quotidien israélien Maariv, le 4 octobre 2002, traduit par Gérard Eizenberg et mis sur le site de La Paix Maintenant France.
(2) Résolution 181 de l’ONU instaurant un plan de partage de la Palestine
Carte correspondant au partage :

(3) Deux livres d´histoire
Elie Barnavi. Une histoire moderne d´Israël. coll. Champs, Flammarion, 1991.
Ilan Greilsammer. La nouvelle Histoire d´Israël. coll. Les Essais, Gallimard, 1998
Elie Barnavi. Une histoire moderne d´Israël. coll. Champs, Flammarion, 1991.
Ilan Greilsammer. La nouvelle Histoire d´Israël. coll. Les Essais, Gallimard, 1998
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