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Notes de Lecture

L’exode oublié, Juifs des pays arabes

| 06 10 2004

Moïse Rahmani, préface d’Alexandre Del Valle, Editions Raphaël, Paris, 2003, Coll. Témoignages, 438 pages

Il est bon de rappeler le sens du mot exode : « Exode : émigration des Hébreux hors d’Egypte ; par extension de sens (19°), exode : émigration, départ en masse, fuite » ( Le Petit Robert ) Moïse Rahmani, dans cet ouvrage fort bien documenté, nous explique les causes et les conditions du départ de près d’un million de Juifs vivant dans les pays arabes. Lisons-le : « Les Juifs avaient généralement en terre d’islam, une vie somme toute paisible jusqu’en 1947. Mais cette tranquillité bascula lorsque Israël vit le jour et lorsque les Etats arabes gagnèrent leur indépendance. Extorsions et tueries se multiplièrent en Algérie, au Maroc, au Yémen, en Irak, à Aden, en Libye, en Syrie, en Tunisie ou en Egypte. Partout, le Juif était traqué » Pays arabes auxquels il faut ajouter la Palestine, et dans les années 70, le Liban et l’Iran. Seule exception, à ce jour, la Turquie, il est vrai avec une histoire différente. Ne nous berçons pas d’illusions sur un passé magnifié par le discours sur l’âge d’or « d’Al Audalous », que l’on nous sert à toutes les sauces. Rahmani ajoute plus loin : « On s’imagine à tort que la vie fut toujours idyllique en terre d’islam. Or durant les siècles qui précèdent la période des protectorats, celle-ci connu son lot d’exactions, de pogroms de massacres. Albert Memmi affirme dans son « Juifs et Arabes » qu’abstraction faite de la Shoa, « l’ensemble des victimes des pogroms russes, polonais et allemands n’excède probablement pas l’ensemble des petits pogroms successifs perpétrés dans les pays arabes » Les brimades étaient quotidiennes et l’existence ne tenait parfois qu’à l’humeur des dirigeants… et des voisins ! »
Comme le fait remarquer Bernard Lewis, après les élites turques, ce furent les chrétiens et les juifs du monde arabe qui ont été parmi les premiers modernisateurs de leurs sociétés, car plus tôt en contact avec l’Occident. Ceux-ci souhaitaient aussi, pour eux-même, quitter le statut de « dhimmis », de tolérés. Ils étaient cependant de vrais patriotes, souhaitant l’indépendance ; le plus souvent, la présence juive dans ces pays était multi-séculaire, voire pré-islamique.
Tout cela n’empêcha pas, au cours de crises successives, les gouvernements nationalistes arabes de mener de véritables politiques anti-juives, parfois sous le prétexte d’anti-sionisme ; des positions trop souvent encore tenues aujourd’hui, à travers l’éducation et la propagande… La majorité de ces exilés partirent en Israël, où réfugiés, ils furent intégrés ; ceux d’Irak et du Yémen connurent un exode massif dans les années 50. La minorité de ces exilés partirent en Occident, dont la plupart des Juifs d’Algérie, citoyens français, qui rejoignirent la métropole et s’y intégrèrent remarquablement. Le second terme du titre, « oublié », se réfère à plusieurs autres évènements de l’histoire contemporaine. Parce que moins connu que l’exode des Juifs d’Europe centrale et orientale, avant et après la Shoa, celle-ci étant un événement inouï. Parce que vécue dans l’indifférence, voire l’hostilité de l’Occident, qui considéra leur départ comme un « dommage collatéral » de la décolonisation… Parce qu’oblitéré enfin par l’exil des réfugiés arabes de Palestine en 1948 et la permanence de leurs problèmes dans l’actualité. La conscience de la douleur de ce déracinement n’a été rendue publique qu’il y a une vingtaine d’années, avec entre-autre l’apparition du terme politiquement incorrect de « Juifs arabes »
Rahmani inscrit plutôt ces départs dans un ample mouvement de contractions en terre d’islam d’aujourd’hui, entre les pouvoirs nationalistes aux abois et la montées des islamistes politiques : rejet des minorités, les Juifs, maintenant presque absents, mais aussi les autres religions : les bouddhistes, les hindous, les chrétiens (il cite le slogan « Après le samedi, vient le dimanche », des émeutiers Frères musulmans de l’Egypte de 1947)… Puis les musulmans modérés ou laïcisant ou encore de courants différents ou simplement des minorités ethniques comme les Kabyles, les Kurdes, etc.
Moïse Rahmani garde la nostalgie de la vie multiculturelle de l’Egypte de son enfance, disant pouvoir facilement s’entendre avec un Arabe, dans le respect mutuel, surtout quand celui-ci partage aussi l’exil de l’émigré et termine son livre par un rêve optimiste : « Ma communauté idéale » ; il cite en exergue du livre : « Un marché sans Juifs c’est comme une justice sans témoins » (proverbe algérien) L’auteur propose plusieurs notes d’analyses sur des pays, augmentées de témoignages d’émigrés, et nous donne à lire plusieurs textes de référence, politiques ou religieux, en annexes à ce livre mémorial, émouvant autant que savant.

Alain Reisenfeld

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