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Interview Marie-Rose Armesto

| 09 02 2007

« Comment l'Islam radical recrute en Belgique »

Par Sara Brajbart - 2007-09-02

Marie-Rose Armesto, grand reporter à RTL-TVI, est l´auteur de « Son mari a tué Massoud » (Balland)*. Ses reportages l´ont menée en Bosnie, en Algérie, en Israël, en Afghanistan, en Tchétchénie. Cette fille d´immigrés espagnols est devenue l´un des meilleurs experts belges des réseaux islamistes. C´est grâce à elle que l´opinion et la classe politiques belges ont réalisé comment une partie de la jeunesse du pays s´était fait embrigader par les islamistes, un mois même avant la présentation du rapport parlementaire du « Comité R », la commission de contrôle des services secrets belges sur les filières du terrorisme islamique. Armand de Decker, président du Sénat et président du Comité de contrôle des services de renseignement, dira d´elle, après la lecture de son livre, « A aucun moment, son jugement ne fléchit. A aucun moment, elle ne justifie l´injustifiable. » Cette interview constitue le premier volet de notre grande enquête sur l´Islam radical en Belgique.

Sara Brajbart Peut-on parler d´un réseau belge islamiste lié à Al-Qaïda ?


Marie-Rose Armesto Les autorités belges affirment qu´il n´y a pas de réseau mais je m´interroge. Qu´est-ce qu´un réseau ? A partir de quand peut-on parler de réseau ? Les assassins de Massoud, Abdessattar Dahmane et Rachid Bouraoui El-Ouaer, connaissaient et fréquentaient, à Bruxelles, Tarek Maaroufi et Nizar Trabelsi, deux terroristes présumés aujourd´hui en prison. Tous avaient également des contacts avec des islamistes d´autres cellules basées à Londres, à Madrid, en Italie, aux Pays-Bas et en l´Allemagne... Cela ressemble étrangement à un réseau européen même si celui-ci n´a pas été identifié comme tel.

Ces hommes n´appartiennent peut-être pas à Al-Qaïda mais ils prônent les mêmes idées et défendent la même idéologie qu´Oussama Ben Laden. Ils ont tous séjourné en Afghanistan où une formation était dispensée aux aspirants terroristes. A partir de cette formation, ils savent très bien quoi faire pour faire avancer la cause. La détermination des cibles particulières revient aux diverses cellules ainsi que la recherche des moyens pour financer leurs attentats. Il ne s´agit donc pas d´une organisation pyramidale, avec un seul et unique chef. C´est ce qui complique le démantèlement de ce réseau.


S. Brajbart Quels sont les relais de ce réseau islamiste en Belgique ?


Marie-Rose Armesto Dans mon livre, j´ai mis en évidence l´activisme du Centre Islamique Belge – parce que c´est là que m´a menée mon enquête à travers le parcours personnel de Malika, l´épouse de l´un des assassins du commandant Massoud. C´est là qu´un certain nombre de jeunes ont été radicalisés idéologiquement avant de partir pour l´Afghanistan. Mais ce centre est loin d´être unique. D´autres associations qui se présentent comme culturelles ou humanitaires, pour masquer leur nature politique, se révèlent souvent être des lieux d´embrigadement, où le lavage de cerveau est pratiqué sur de jeunes désœuvrés. On leur met en tête que le Jihad armé contre les infidèles est une obligation pour tout bon musulman. Ces jeunes se sont retrouvés en Bosnie ou au Kosovo lorsque ces régions étaient en guerre, en Afghanistan ensuite, ainsi qu´en Tchétchénie et peut-être aussi en Palestine.


S. Brajbart Le conflit de la Tchétchénie apparaît aujourd´hui moins comme une révolte populaire contre le joug de Moscou que comme une prise de pouvoir par des islamistes…


Marie-Rose Armesto Dans le silence général, le peuple tchétchène est victime d´un véritable massacre perpétré par l´armée russe. Aujourd´hui, on voit qu´il doit aussi compter avec un ennemi intérieur : l´intégrisme islamiste qui gagne du terrain. Un des assassins du commandant Massoud, le faux caméraman, avait séjourné en Tchétchénie avant de partir pour l´Afghanistan. Beaucoup d´islamistes emprisonnés dans les prisons européennes sont aussi passés par là.

Le peuple tchétchène est victime d´un massacre perpétré par l´armée russe, d´un ennemi intérieur : l´intégrisme islamiste

Je dois avouer que lorsque j´ai écrit mon livre, je me suis censurée parce que je me disais : « les pauvres Tchétchènes, on ne va pas encore leur rajouter cela sur le dos », mais Malika me répétait tout le temps que l´objectif de son mari était d´aller combattre en Tchétchénie. A ce moment-là, je n´avais pas réuni tous les éléments de l´enquête comme aujourd´hui. J´ai eu tort de ne pas en parler. Il est clair que la Tchétchénie est devenue une terre de Jihad. Seulement le cordon sécuritaire établi par les Russes a rendu son accès difficile. Il était donc plus facile d´entrer en Afghanistan avec l´objectif de se rendre ensuite en Tchétchénie. Mais en arrivant en Afghanistan, nos combattants islamistes réalisaient qu´il y avait un front à 300 kilomètres de là, et « des musulmans à défendre » (les Taliban) comme disait Malika.

En fait, je pensais qu´elle voulait me duper avec la Tchétchénie et je ne me suis pas rendu compte qu´il était tout à fait possible qu´ils aient réellement tenté alors de se rendre en Tchétchénie. Son mari n´a pas été recruté directement par les sbires de Ben Laden, il existait des réseaux à l´époque qui expédiaient les candidats au Jihad vers différentes destinations, l´Afghanistan était l´une d´elles mais pas l´unique.


S. Brajbart La Belgique a découvert les réseaux dormants après le 11 septembre et, avec l´assassinat de Massoud en Afghanistan, l´implication de musulmans de nationalité belge…


Marie-Rose Armesto La Belgique a été une terre d´accueil pour les activistes algériens dans les années 90-95 aux moments les plus sanglants du conflit, et servait de base arrière au GIA. Avec une longue période de laxisme sous le gouvernement de Jean-Luc Dehaene qui croyait, en fermant les yeux, s´assurer la tranquillité. C´est ainsi que, après avoir été condamnés en 1995, Tarek Maaroufi, propagandiste du GIA n´a fait que six mois de prison, ou qu´Ahmed Zaoui a été expulsé vers la Suisse. C´est évidemment une politique aveugle et coupable. Dix ans plus tard, ces structures se sont radicalisées. On croyait sottement à l´époque que l´islamisme radical ne menaçait que les pays musulmans. Cette idéologie était comprise comme un moyen de lutte contre les régimes dictatoriaux. On n´a pas vu la démagogie anti-occidentale qui se cachait derrière car les islamistes s´en sont d´abord pris aux musulmans, c´est eux qui ont payé le plus lourd tribut. En fait, on voit que ces structures, qui travaillaient pour le GIA en envoyant des armes à partir de la Belgique, n´ont pas disparu. Elles ont juste changé leur rayon d´action. Elles se sont internationalisées et rapprochées d´Al-Qaïda.

La Belgique a été une terre d´accueil pour les activistes algériens dans les années 90-95

Aujourd´hui, ces groupes partagent une même idéologie, les mêmes méthodes, les mêmes buts. On voit que pas mal de membres de ces groupes ont franchi le pas, sont allés se former en Afghanistan et se sont retrouvés dans le monde de Ben Laden. Nizar Trabelski, par exemple, a eu des contacts directs avec Ben Laden, et le considérait comme « son père ». C´est le cas aussi de Mohammed Sliti qui a pris en charge les assassins de Massoud. On voit que cela pose beaucoup de questions… Ces gens se connaissaient avant de partir, se sont retrouvés là-bas. Donc, quand on dit que l´assassinat de Massoud n´a rien à voir avec Al-Qaïda, je ne peux pas le croire, évidemment.

Les Belges ont essayé de faire croire que le Royaume n´avait pas fourni de candidats pour les camps d´entraînement en Afghanistan… jusqu´au moment où on a découvert que les assassins de Massoud avaient des passeports belges. Le ministère des Affaires étrangères s´est empressé de déclarer qu´il s´agissait de faux passeports. Pas du tout, il s´agissait de vrais passeports volés à l´Ambassade de Belgique à La Haye et au consulat à Strasbourg. On n´a d´ailleurs toujours pas les résultats des enquêtes sur ces vols. Ces passeports ont beaucoup servi, plusieurs islamistes ont été arrêtés dans divers pays européens porteurs de passeports belges. Plus d´une dizaine de jeunes belgo-musulmans sont partis en Afghanistan. Malika, qui avait banni la télévision de sa vie, la regardait quand même pour tenter de reconnaître, à Guantanamo, des amis qui étaient avec elle en Afghanistan avant d´être faits prisonniers par les Américains.


S. Brajbart Il y a t-il des relations entre l´islamisme radical et le grand banditisme ?

Les cellules islamiques entrent dans le grand banditisme pour s´autofinancer


Marie-Rose Armesto La détection d´explosifs entreposés au snack Le Nil, boulevard Lemonnier, au centre de Bruxelles, qui a conduit à l´arrestation des frères El Hadouti, liés à Nizar Trabelsi, est une piste intéressante. Des membres de cette famille ont été mis en cause à plusieurs reprises dans des affaires de banditisme. En fait, dans la mouvance de l´islamisme radical, les cellules locales s´auto-financent, il faut donc trouver l´argent là où il est. Certains vols spectaculaires qui ont eu lieu en Belgique, comme le vol de diamants à l´aéroport de Bruxelles, n´ont pas encore été élucidés. Pourtant, certaines pistes établissent des connections entre ce vol et le fameux Nizar Trabelsi.


S. Brajbart Comment a-t-on arrêté Trabelsi ?


Marie-Rose Armesto La police néerlandaise, lors d´écoutes téléphoniques, a saisi une conversation entre le Français Jérôme Courtailler, aux Pays-Bas, et Nizar Trabelsi qui déclarait : « Je suis prêt à devenir martyr pour la cause ». La police belge, prévenue par ses collègues néerlandais, a mis Trabelsi sous haute surveillance. Il tramait quelque chose mais on ne savait pas quoi. C´était au printemps 2001. Après, quand les attentats du 11/9 ont lieu, le Premier ministre, Guy Verhofstad, a donné l´ordre de l´arrêter immédiatement. Il a été appréhendé le 13/9. Ce qui ne manquera pas de provoquer la colère des Français, du juge Bruguière notamment car cette arrestation, intervenue trop tôt à ses yeux, a empêché l´identification de la cible et des complices. Ce qui explique aussi les tiraillements actuels entre la France et la Belgique. Mais les Belges ont eu raison, Trabelsi aurait pu passer à l´acte.


S. Brajbart Sait-on ce qu´il préparait ?


Marie-Rose Armesto Le FBI est venu l´interroger à plusieurs reprises dans la cellule de sa prison bruxelloise. Mais Trabelsi refuse de collaborer avec eux. Les EU auraient aimé qu´il soit extradé. Lorsque la police belge lui a fait comprendre qu´il pourrait être livré aux Américains, le présumé terroriste est devenu très bavard. Il affirme que l´attentat qu´il préparait ne visait pas l´ambassade américaine à Paris comme la presse l´a écrit mais bien Kleine-Broghel, la base militaire de l´OTAN où seraient déployées des ogives nucléaires américaines. En réalité, Trabelsi est un as de la manipulation et le plus probable est qu´il essaye de faire diversion en disant tout et n´importe quoi car la vraie cible pourrait encore être visée.


S. Brajbart Les moyens mis à la disposition des services anti-terroristes sont-ils suffisants ?


Marie-Rose Armesto Non, c´est bien le problème. Les services travaillent bien mais….. Ils ont des islamologues, de jeunes enquêteurs qui parlent arabe mais ils sont en sous-effectifs et manquent cruellement de moyens, comme on s´en est aperçu lors du transfert de Mohammed Sliti des Pays-Bas vers la Belgique. Sliti a été arrêté en Iran et expédié vers les Pays-Bas. Il a donc fallu prendre un arrêté d´extradition concernant Sliti d´un pays vers l´autre. Lors de son transfert, la police néerlandaise l´a amené dans une voiture blindée ; tous avaient des gilets pare-balles, des fusils mitrailleurs alors que les Belges étaient dans une simple voiture et ne disposaient que d´armes de poing : des clones de Starsky et Hutch comparés à l´invincible armada néerlandaise. Si un commando était arrivé à ce moment-là pour libérer Sliti, il y aurait probablement eu des morts : les policiers belges !


S. Brajbart Les jeunes immigrés sont-ils bien intégrés dans notre société ?


Marie-Rose Armesto Certains immigrés gagnés à la cause radicale, minoritaires mais très actifs, ont un problème avec les valeurs de la société d´accueil. Bien qu´élevés chez nous, éduqués chez nous, au moment de choisir leur système de valeurs, ils choisissent les valeurs les plus rétrogrades. L´immigration, je sais ce que c´est, j´en suis issue. C´est dur. Je suis venue en Belgique à l´âge de 8 ans. A l´époque, l´Espagne était encore en sous-développement économique. Nous étions les basanés de service. Il a fallu se battre avec intelligence, ténacité, à force de travail. Aujourd´hui, certains jeunes d´origine arabo-musulmane ne comprennent pas la logique de nos sociétés qui ne supportent ni l´arrogance ni la violence. Mais on ne peut pas exiger des choses sous prétexte que l´on fait partie de telle ou telle ethnie et à défaut de les obtenir, tomber dans le repli identitaire, dans le communautarisme. Il y a certes des injustices. Il faut les dénoncer mais il y a aussi, dans toute société, des règles à respecter.

L´immigration, je sais ce que c´est, j´en suis issue.

C´est vrai que l´image du père, symbole de la loi, est souvent cassée par l´immigration. Cela crée un grand vide. Sous l´influence de certains zélateurs, on met dans la tête de ces jeunes qu´ils n´ont pas à respecter la loi belge et que la seule loi, c´est la loi d´Allah ! C´est inacceptable.


S. Brajbart Le statut de la femme chez ces musulmans radicaux est évidemment très archaïque. Comme si le pouvoir de l´homme, le noyau de son identité, passait nécessairement par l´écrasement de la femme…


Marie-Rose Armesto Oui, l´islamiste a le sentiment qu´il n´est plus rien si la femme se libère. Il faudrait qu´il se sente quelque chose sans écraser sa femme. Qu´il est par ce qu´il apporte aux autres. Je suis contre le port du voile. Sa signification politique a des conséquences dangereuses sur le rôle et le statut de la femme dans la société musulmane. On nous dit qu´il faut respecter les spécificités culturelles en acceptant le voile mais cela signifie-t-il que mes amies musulmanes qui ne le portent pas n´ont pas de spécificité culturelle ou qu´elles sont moins vertueuses que celles qui le portent ? Les médias et la société civile ont un grand rôle à jouer. Comme femme et comme militante des droits de la femme, je trouve qu´il faut enlever le voile de toutes ces jeunes filles mais évidemment sans les forcer. Les empêcher de le porter poussera à leur radicalisation. Il faut leur expliquer sa signification politique, expliquer ce que cela signifie en termes d´asservissement social et culturel de la femme. Il me paraît urgent de remettre la religion dans la sphère privée. Ce mouvement de repli identitaire se fait au détriment de l´intégration à la société d´accueil. Cet islam-là prétend régir toute la vie, ce faisant, il empêche de s´adapter à la modernité et maintient dans l´exclusion de la société.


S. Brajbart L´Exécutif musulman de Belgique est-il à l´abri des radicaux ?

Mes amies musulmanes qui ne portent pas de voile n´ont-elles pas de spécificité culturelle, sont-elles moins vertueuses que celles qui le portent ?


Marie-Rose Armesto Il y a eu des tentatives de noyautage de la part des radicaux…qui cherchent à devenir les seuls interlocuteurs des autorités. Ces islamistes pensent qu´ils vont dominer le monde. De plus en plus de mouvements, minoritaires sans doute, tissent leur toile à l´intérieur des communautés, distillent leur venin petit à petit et prétendent que les lois de la société occidentale ne les concernent pas. On trouve en Angleterre un tribunal islamique qui juge selon la charia. Les premières à en souffrir sont les femmes. Si on n´y prend garde, cela pourrait arriver chez nous.


S. Brajbart Qu´en est- il de la sympathie des islamistes pour le combat palestinien ?


Marie-Rose Armesto En écoutant Malika, j´avais le sentiment que c´était un argument appris par cœur. C´était un discours automatique, pas une approche réfléchie ou le résultat d´un parcours personnel suite à des rencontres avec des Palestiniens par exemple. Juste un matraquage, pas un véritable engagement personnel. Malika me proposait de toujours me fournir en cassettes sur la Palestine, ces cassettes de propagande qui servent de matraquage idéologique et de recrutement pour Al-Qaïda. Les autorités belges devraient être vigilantes là-dessus.

*A propos du livre « Son mari a tué Massoud »

« Malika, l´épouse d´Abdessattar, un des assassins du commandant Massoud, m´a contactée parce qu´elle avait suivi mes reportages sur la guerre en Bosnie. Je me suis beaucoup investie dans cette guerre. Il fallait voir tous ces canons qui encerclaient Sarajevo, ville nichée au creux d´une vallée, entourée de montagnes, on ne pouvait ni y entrer ni en sortir. Je n´ai jamais utilisé le terme de musulmans pour désigner les habitants de Sarajevo. J´y distinguais des civils assiégés, massacrés… c´était des Bosniaques pour moi. Ces gens, loin de toute pratique religieuse, étaient des laïcs. Quand je les nommais, je disais sarajeviens, bosniaques, civils… Mais quand Malika voyait mes sujets à la télévision, elle faisait une analyse différente. Pour elle, c´était les « musulmans de Bosnie » dont je dénonçais le massacre. Donc quand elle a fui l´Afghanistan bombardé par les Américains, elle m´a contactée. Elle se rendait à l´ambassade de Belgique au Pakistan et comme j´étais, me disait-elle, « l´amie des musulmans », elle comptait sur moi pour sa protection.

« Marie-Rose, l´amie des musulmans »

« Je lui disais : « je ne suis pas ton amie, j´essaie de comprendre ce qui t´est arrivé. Je ne partage pas tes idées. Redescends sur terre. Ton mari est un terroriste. Peut-être que tu as été utilisée à son insu mais tu as quand même participé à une aventure terroriste ». J´essayais d´éveiller la lucidité en elle. Elle ne m´a pas pardonné de considérer son mari comme un assassin. Elle a tenté de me persuader qu´il était plutôt un martyr. Sa fille, étudiante en droit, n´a pas voulu la revoir. « Cette femme-là n´est pas ma mère », disait-elle. Jeune, Malika avait été en révolte contre son milieu. Elle avait élevé seule sa fille unique, sans souci du qu´en dira-t-on.

« Aujourd´hui, cette femme est toujours entre les mains de ceux qui ont envoyé son mari se faire exploser comme martyr en tuant Massoud. Les Américains extraient ce genre de personnes vulnérables de ces milieux toxiques. Ils leur donnent une nouvelle identité, un boulot… Dommage qu´on n´ait pas fait de même avec Malika. Peut-être attendait-on d´elle qu´elle mène vers des complices ou des pistes intéressantes. Victime une fois de plus ! Elle était fière d´être le sujet de mon livre, c´était l´occasion de propager ses idées. Elle, la petite Marocaine inconnue, la voici femme de martyr, honoré comme un exemple. Un grand destin de fanatique ! »


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