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Ecrits des Membres

Graves manifestations antisémites à Bruxelles

| 12 02 2004

En plein centre ville, des comédiens revêtus de treillis militaires évoquant les soldats de Tsahal, mitraillettes aux poings, frappent des enfants coiffés du keffieh palestinien.

En Belgique, le soutien à la cause palestinienne prend la forme d´un rituel sacralisé organisé par les traditionnelles organisations de solidarité avec les Palestiniens, rejointes progressivement par des organisateurs d´horizons différents : extrême gauche marxiste, comités d´action laïque (CAL), ainsi qu´une association catholique.
Ainsi, tous les deux mois, le public belge a droit à la « Semaine pour la Palestine » qui pourrait s´intituler « Semaine du manichéisme » puisque, invariablement, il s´agit de fustiger ces mauvais Israéliens et de glorifier les Palestiniens. Cette fois-ci, la « Semaine » est orchestrée autour de la venue d´Ilan Moradi, refuznik israélien qui vit actuellement en France et apparemment peu conscient de l´instrumentalisation qui est faite de son objection de conscience.
Parmi les organisateurs, on trouve le « Mouvement chrétien pour la Paix » (MCP), qui convie curés et membres des équipes paroissiales à « diffuser largement » une invitation à des rencontres, dans des églises, intitulées : « Je refuse de porter l´uniforme israélien », avec le refuznik israélien. Le Père Brombart, religieux de l´Assomption, confie son inquiétude à « proche-orient.info » : « Encore une fois, ne va-t-on pas assister à la diabolisation d´Israël ? Je ne connais pas ce refuznik et je suis tout disposé à croire en sa bonne foi et à estimer son attitude respectable. Néanmoins, je crains que la présentation unilatérale de ce genre de témoignage – forcément très critique par rapport à l´État d´Israël – serve surtout à attiser l´antijudaïsme et même à réveiller le vieux fond d´antisémitisme encore si souvent présent dans l´inconscient de bien des catholiques ».
Et, dans une lettre ouverte adressée à la Présidente du MCP, il questionne : « Je ne peux m´empêcher de trouver particulièrement choquant qu´une causerie, dont la coloration politique est aussi clairement affichée, soit donnée – ce sera le cas le dimanche 15 février au matin – au cours de la célébration eucharistique dominicale d´une paroisse. Cette intervention tiendra-t-elle lieu d´homélie ? Voudrait-on lui donner l´autorité de la Parole de Dieu ? »
Chaque semaine, le vendredi est également jour de rassemblement devant l´Ambassade d´Israël, à l´heure du déjeuner. Depuis trois ans, invariablement, l´autorisation de manifester est délivrée à l´Association Belgo-palestinienne (ABP) par le Bourgmestre de la Commune d´Uccle, commune huppée de la région bruxelloise. Des pancartes « Sharon = SS » se mêlent à des panneaux réclamant l´application des résolutions de l´ONU.
De son côté, l´Association Belgo-israélienne (ABI), un brin provocatrice, a également sollicité l´autorisation de manifester le même jour, même heure. Refus des autorités. Qu´à cela ne tienne, s´est dit Joël Rubinfeld, le secrétaire de l´ABI, les mots d´ordre de cette manifestation « application des résolutions de l´ONU » me conviennent. C´est ainsi que, depuis un mois, les militants de l´ABI et de l´ABP se retrouvent, parfois face à face, séparés par des barrières ou parfois côte à côte, partageant le même trottoir, le drapeau israélien flottant au-dessus de la mêlée. Si la manœuvre a fait rire l´entourage du Premier ministre, elle n´a pas eu le même écho chez le bourgmestre, un adepte de la cause palestinienne peu sensible à l´humour juif.
 

Toujours le vendredi, à 16 heures cette fois, et, pendant une heure environ - ou plus si affinités - une autre manifestation est organisée par des pacifistes pro-palestiniens sur les marches de l´escalier de la bourse. Lieu de rendez vous mythique des amoureux bruxellois devenu lieu de haine d´Israël exprimée par les calicots brandis par les manifestants.

 Chaque samedi enfin ou presque, Place de La Monnaie, à deux pas de la Grand-Place de Bruxelles, des stands proposent de la documentation sur le conflit israélo-palestinien. Mais ce samedi 7 février, de grandes barrières métalliques symbolisant le « Mur » étaient dressées entre l´Opéra et les commerces. Derrière les barrières, de faux comédiens revêtus de treillis militaires, arborant l´étoile de David et évoquant les soldats de Tsahal, mitraillettes aux poings, terrorisaient des enfants et des civils coiffés du keffieh palestinien, engagés pour la circonstance. Les militaires jetaient à terre les enfants, les frappaient tandis que ceux-ci, mimant la douleur, hurlaient : « Ne me tuez pas, on ne veut pas du Mur ! »
Une passante : « Comment peut-on montrer un spectacle où l´on bat des enfants ? » À ce jeu de la guerre, la guerre devient un jeu et court le risque d´une banalisation, ratant ainsi l´effet recherché. « C´est un spectacle mais de mauvais goût », déclare un badaud. Tandis que les autres passants s´éloignent à grands pas, effrayés par ces scènes de violence qui, pour fausses qu´elles sont, n´en ont pas moins l´air vrai.

Monsieur Gilbert Adriaenssens, président de l´Association des Commerçants de la Place de la Monnaie : « Depuis 10 heures ce matin, ce spectacle a fait fuir les personnes venues faire leurs achats dans le centre ville. Une des commerçantes a été traitée de « sale juive ». Jusqu´à l´arrêt de cette manifestation vers 15 h30, les commerces sont restés vides, les clients, effrayés, n´ont pas osé s´y aventurer. Il y a un problème de sécurité et les autorités n´ont pas l´air de s´en soucier. Il est insupportable de voir brûler des drapeaux ».
 

Les responsables de la ville ambitionnent de transformer le centre ville en ville- promenade. Pour l´heure, l´Esplanade de la Monnaie est devenue l´Esplanade des Mosquées. Cela risque-t-il de favoriser l´extrême droite ? Le bourgmestre de Bruxelles n´a pas souhaité répondre à cette question.
En tout cas, parmi la cinquantaine de conflits qui agitent le monde, celui qui oppose Israéliens et Palestiniens est le seul à susciter autant d´intérêt. Il est vrai qu´un nouvel enjeu fait l´objet d´un lobbying intensif : la construction de la barrière de sécurité, appelée mur de l´apartheid, dont beaucoup espèrent qu´une pétition envoyée au Tribunal international de La Haye scellera le sort.

Sara Brajbart - Jeudi 12 Février 2004

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