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Ecrits par le Collectif

Entre foi et mauvaise foi…

| 21 02 2008

Nous accusent d’avoir refusé à M. Ramadan « tout droit à la parole », dans notre Carte blanche publiée le même jour dans Le Soir.

Collectif - Le Soir - Jeudi 21 Février 2008

Les organisateurs de la conférence-débat à laquelle participait Tariq Ramadan à l’ULB le 15 février nous accusent d’avoir refusé à M. Ramadan « tout droit à la parole », dans notre Carte blanche publiée le même jour dans Le Soir. Faux.

Tariq Ramadan publie et parle. En démocratie, les extrémistes ont aussi la parole. Et il est très loquace, M. Ramadan, surtout quand il s’agit de faire croire qu’on le bâillonne. Non, nous n’avons pas voulu le faire taire. Nous nous sommes interrogés, à raison, sur le bien-fondé de l’invitation d’un tel personnage par des organisations libre-exaministes. (…)

Avec cette conférence, les organisateurs prétendaient promouvoir les conditions d’un vrai débat à propos de l’islam et de l’esprit des Lumières. Las, il n’y eut pas de débat sérieux, ni entre les conférenciers ni entre les conférenciers et le public. En effet, aucun représentant de la laïcité n’a songé à interpeller M. Ramadan sur le fossé qui, dans la plupart des pays musulmans, sépare l’islam de l’esprit des Lumières : l’absence d’égalité en droit de l’homme et de la femme ; l’absence de séparation entre la religion et l’Etat ; le non-respect des minorités philosophiques et religieuses ; l’absence cruelle de liberté d’expression et de démocratie ; la répression de l’homosexualité ; la croyance à la supériorité d’une vérité révélée sur la vérité scientifique…
 
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Version longue :

Tariq Ramadan : entre foi et mauvaise foi...
 
“ Il y a des choses écrites qui sont fausses. ” Ces mots ont été prononcés par Tariq Ramadan au cours de sa conférence du 15 février, au sujet de notre carte blanche publiée dans Le Soir du  jour même et rapportés dans vos éditions de ce samedi 16 février.
 
Nous aurions aimé qu´il explique lesquelles, qu´il donne les preuves de ce qu´il assène avec une force qui ressemble à la vérité, car Ramadan est, en fait, coutumier du déni de l´évidence et du brouillage de la réalité. N´a-t-il pas déjà déclaré, lors de l´émission télévisée Campus, en 2003, avoir gagné son procès contre Antoine Sfeir ? N´a-t-il pas maintenu cette affirmation alors même que le journaliste Guillaume Durand lui confirmait avec fermeté : “ Non, vous l´avez perdu ” ?
 
Mais, sans doute, la mauvaise foi est-elle contagieuse. Car nous nous indignons en lisant sous la plume d´éminents scientifiques réunis au sein d´un Collectif portant le nom étrange de “ cent valeurs ” - mais lesquelles ? -  que nous aurions voulu dénier à Ramadan “ tout droit à la parole ”.
 
Là aussi, remettons les pendules à l´heure. Ramadan publie et parle. Énormément. Nous ne pensons pas avoir demandé à un seul moment de le faire taire, car les démocraties sont ainsi faites que les extrémistes et les manipulateurs y ont aussi la parole. Fut-ce pour poser avec une fausse ingénuité la fameuse question -  titre d´un ouvrage à l´écriture duquel notre prédicateur à participé : “  Faut-il faire taire Tariq Ramadan ? ” Car il est très loquace, Monsieur Ramadan, surtout quand il s´agit de faire croire qu´on le bâillonne.  
 
Non, nous n´avons pas voulu faire taire Monsieur Ramadan. Nous nous sommes juste interrogés, à raison, sur le bien fondé de l´invitation d´un tel personnage par des organisations se réclamant du libre examen dans les locaux d´une Université ayant pour vocation le développement et la promotion de la raison. Nos positions sont d´ailleurs exactement les mêmes que celles soutenues par le Recteur Philippe Vincke dans une carte blanche publiée dans Le Soir du 1er mars 2007 : “ Aucun d´entre nous n´accepterait la venue sur le campus d´un leader d´extrême droite xénophobe. Nous avons le devoir de ne pas faire deux poids et deux mesures. ” La comparaison est claire. Nous la partagions à l´époque et nous n´avons pas changé d´avis. 
 
Monsieur Ramadan ne se positionne en effet jamais tout à fait clairement quant à sa filiation spirituelle avec quelques-uns des plus dangereux représentants des courants islamistes. Lisons-le, à propos de Hassan Al-Bana, le fondateur des Frères Musulmans : « On aimerait que je renie mon grand-père, Hassan Al-Banna, ou que  « j´avoue » ma totale adhésion à sa pensée. Soit je suis « un intellectuel éclairé », soit « un obscurantiste », sous-entendu comme mon grand-père. Equation simple, mais surtout simpliste : non, je ne renie pas ma filiation avec un homme qui a résisté aux colonisations anglaise et sioniste, qui a fondé 2 000 écoles, 500 centres sociaux, autant de coopératives de développement, et qui n´a jamais (…) commandité d´attentats terroristes ». Difficile d´assimiler à une distanciation cette explication ambiguë, immédiatement suivie d´une longue série de louanges"
 
De même, quand il répond à une interpellation sur la liberté d´expression dans la critique de l´islam ou de son prophète, il évoque la “ délicatesse ”. Dans une lettre ouverte publiée le 10 octobre 1993 dans la Tribune de Genève, suite à l´interdiction d´une pièce de Voltaire, très critique au sujet du Prophète de l´islam, il déclarait déjà : “Mon quotidien m´a appris que mon ´droit d´exprimer ´ doit s´habiller de précaution lorsqu´il rencontre l´intimité d´autrui, son affection ou la dimension vivante qu´il donne au sacré. Vous appelez cela ´ censure´, j´y vois de la délicatesse. ” Depuis, Ramadan refait assez régulièrement le coup de la “ délicatesse ”. Belle manière d´habiller de noblesse une atteinte directe à la liberté d´expression. Belle réponse donnée à l´assassinat de Théo Van Gogh ou aux menaces contre Ayan Hirsi Ali, contre Salman Rushdie ou contre Robert Redeker. Ici aussi on aurait aimé entendre des condamnations plus fermes, des appels à la raison plus clairs.
 
Quant à sa sortie, lors de sa conférence de ce 15 février, sur le fait que la déclaration universelle des droits de l´homme serait en fait une déclaration “ occidentale ” des droits de l´homme, elle ne peut que nous inquiéter davantage quant à la conception que le personnage se fait de notions aussi fondamentales que celles de liberté ou d´égalité. Difficile de ne pas lire dans ses propos une référence à d´autres déclarations dites “ islamique ” ou “ arabe ” des droits de l´homme, lesquelles s’appuient explicitement sur des références à la Charia..
 
Nous continuons donc à penser que le fondamentalisme charmeur et les positions volontairement ambiguës de Monsieur Ramadan sont d´autant plus inquiétants qu´il s´attire les bonnes grâces de certains hommes politiques ou de certains universitaires naïfs ou calculateurs. 
Nous continuons à penser que ses appels à l´affirmation identitaire a

Collectif - Le Soir - Jeudi 21 Février 2008

gressive des jeunes issus de l´immigration musulmane, sous couvert d´une implication citoyenne, constituent des obstacles dangereux sur le chemin de leur nécessaire participation à la société qui est aussi la leur.
 
Avec cette conférence, les organisateurs prétendaient promouvoir les conditions d´un vrai débat à propos de l´islam et de l´esprit des Lumières. Or, il n´y a pas eu de débat sérieux et digne de ce nom. Ni entre les conférenciers, ni entre les conférenciers et le public.
On peut s´étonner que dans une université qui se targue d´être celle de la libre pensée, aucun représentant de la laïcité n´ait songé à interpeller M. Ramadan sur le fossé qui sépare l´islam de l´héritage des lumières: l´égalité en droits de l´homme et de la femme, bafouée dans la plupart des pays musulmans; la non-séparation de la religion et de l´Etat, du pouvoir spirituel et temporel, inexistante dans ces pays; le non-respect des minorités philosophiques et religieuses; l´absence cruelle de liberté d´expression et de démocratie; la répression de l´homosexualité; la croyance à la supériorité de la vérité révélée sur la vérité scientifique...
 
 
M. Ramadan feint de croire que les retards et les blocages des sociétés musulmanes ne sont pas culturels mais politiques et sociaux et que la religion n´y est pour rien. Nous pensons au contraire que l´islam n´a pas accompli cette révolution des mentalités qui fut celle de la Renaissance et des Lumières en Occident.
Signataires : Yves Caelen, Sara Brajbart, Maurice Einhorn, Christophe Goossens, Francis Grunchard, Michel Gross, Jacques Zajtman, Marcel Casteleyn, Roger De Lathouwer, Louis Kanarek, Anne Kornreich, Sylvie Lausberg, Francis Littré, Elide Montesi, André Nayer, Patrick Poty, Yvette Rauwers, Jean-Jacques Steene, Albert Szyper, Viviane Teitelbaum, Rolland Westreich, Doubi Ajami, Hubert Benkoski, Agnès Bensimon, Esther Burgeon, Eva Brakier, Gregory Bornet, Hanan Buch, Ousia Chait, Diane Culer, Corinne Evens, Régine Finkelsztein, Béatrice Godlewicz, Sandra Goffart, Jacqueline Goffin, Véronique Golard, Jean-Pierre Gratia, Michel Gottschalk, Samy et Lucyna Grauer, Léo Grossman, Isi Halberthal, Evelyne Hania, Georges Hirsch, Nathalie Holand, Sacha Horowitz, Gilles Jospa, Charles Kaminski, Kaja Kengen, Freddy Kornreich, Joël Kotek, Ruth Kupfersztein, Mona Nicolas, Catherine Oleffe, Michel Laub, Anne-Marie Lemaire, Marlène Leroy, Rachel Lypszyc, Rachel Péguine, Sylvie Perl, Eliyahu Reichert, Stéphane Rottenberg, Gaëlle Szyffer, Ingrid Tubbax, Elie Vulfs, André Wieder, David Wasserman, Marc Weisser, Guy Wolf, Jacques Zachman.
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Sources 

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