Ecrits des Membres
Du passé, faisons table rase (Carte blanche)
Izzeldin Abuelaisch-Sara Brajbart - Maurice Einhorn - Le Soir - Samedi 31 Mai 2003
Seule une minorité dérisoire d´Israéliens n´a pas entériné cette nouvelle donne, par ailleurs rejetée par les islamistes du côté palestinien (malgré un timide début de changement d´attitude du Hamas, qui se dit prêt à envisager, conditionnellement, la fin des attentats à l´intérieur des frontières d´Israël). Malgré les énormes difficultés qui vont encore surgir sur la route de la paix, les conditions de base sont enfin réunies pour mettre fin à une guerre qui déchire la région depuis plus d´un demi-siècle et dont la poursuite ne peut, à moyen terme, que la précipiter collectivement dans l´abîme.
Il nous semble qu´à cette évolution positive sur le terrain, à cette renaissance de l´espoir, devrait répondre, enfin, une attitude nouvelle dans nos régions également. A l´incessante recherche des responsabilités, à la diffusion des anathèmes, aux imprécations « antisionistes » dont les relents antisémites glacent parfois d´effroi, il faudra substituer une ouverture d´esprit nouvelle. Aujourd´hui plus que jamais, au Moyen-Orient, seule la paix est révolutionnaire, seule la coexistence pacifique entre les deux peuples, israélien et palestinien, vivant dans deux Etats indépendants, de part et d´autre des frontières de 1967, vaut notre engagement militant.
Du passé sachons donc faire table rase, plutôt que de figer les uns et les autres dans des rôles immuables relevant du cliché bien plus que de la réalité et que de refaire sans cesse les mêmes procès et distribuer les mêmes bons et mauvais points.
Il y a tant de méfiance, de crainte, d´angoisses diffuses qui se sont développées de part et d´autre, pour que le seul objectif digne d´être poursuivi soit désormais la facilitation de cette paix que l´on sent prête à surgir, mais qui devra forcément encore déjouer bien des obstacles.
Le Moyen-Orient a depuis longtemps vécu sous le signe des pyromanes, si l´on excepte l´intermède d´Oslo auquel l´assassin de Yitzhak Rabin a, hélas, réussi à mettre fin par son geste odieux. Les temps semblent arrivés pour céder la place aux pompiers et cesser de verser de l´huile sur le feu. Les boycotts insensés, tels ceux des universités israéliennes, les condamnations théâtrales du genre de celles prononcées à Durban, mais aussi, à l´occasion, chez nous par des organisations dites humanitaires ou par certains hommes et femmes politiques en mal de gestes spectaculaires, les diabolisations extrêmes des dirigeants israéliens, loin d´aider le peuple palestinien à construire la patrie à laquelle il a indéniablement droit, ne fait que contribuer à le précipiter dans le malheur.
Paradoxalement, l´attitude extrêmement bienveillante de George Bush à l´égard d´Israël, souvent vécue avec amertume du côté palestinien, est une chance pour la paix, dans la mesure où elle fournit aux Israéliens cette réassurance dont ils ont tant besoin et contribue à apaiser les angoisses qui les dévorent, malgré leur supériorité militaire évidente et massive. Et cet apaisement lui-même est le meilleur moteur possible pour un changement d´attitude et une ouverture nouvelle du côté des dirigeants actuels d´Israël.
A l´infernal cercle vicieux qui sème, depuis de longs mois, la désolation dans la région, contribuons tous à substituer un cercle vertueux, une dynamique nouvelle du dialogue et de la main tendue. Cela ne se fera pas sans mal. Les Israéliens devront renoncer, une fois pour toutes, aux vieux rêves bibliques qui habitent encore d´aucuns et reconnaître leurs responsabilités vis-à-vis des Palestiniens. Les Palestiniens devront renoncer à un impossible droit au retour exercé au sens propre du terme et se contenter d´en négocier les contreparties possibles, financières notamment.
Tous les pays et tous les dirigeants, qu´ils soient amis des uns plutôt que des autres, doivent désormais tout faire pour pousser Israéliens et Palestiniens sur la voie de la paix, plutôt que de distribuer certificats de vertu ou admonestations de façon unilatérale.
Chez nous, tous nos efforts doivent tendre à appuyer des initiatives comme celles du Centre pour l´égalité des chances qui a réuni les acteurs de la société civile autour du thème « Juifs, Maghrébins, musulmans, Palestiniens, Israéliens... à Bruxelles ». Et appeler les organisations militantes à s´engager sur la voie ouverte par la Commission européenne qui vient de renouveler l´accord de coopération économique, culturelle et scientifique avec Israël.·
Izzeldin Abuelaisch (Médecin du camp Jalabya, à Gaza)
Sara Brajbart (Philosophe et journaliste)
Maurice Einhorn (Médecin et journaliste)
au nom du Collectif Dialogue et Partage
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