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Reportage sur la mémoire juive de Wodzislaw, Pologne paru dans le numéro de septembre 2011 de La Centrale, journal de la communauté juive de Belgique.
Derniere blog par Sara Brajbart-Zajtman, mercredi 22.12.2011, 20:03
Cliquez ici ou l´image pour lire le reportage "Juifs et Polonais: la Réconciliation ? La mémoire juive de Wodzislaw" paru dans le numéro de septembre 2011 de La Centrale, journal de la communauté juive de Belgique.
À une époque où les questions d´appartenance, d´identité et de communauté se posent avec acuité, peut-être à cause de la déréliction de plus en plus plus profonde du monde qui pousse chacun à se rassurer en établissant des repères/repaires, s´ouvre aussi, comme une béance, la question des origines, le retour aux origines. " Souvenirs obscurs d´un Juif polonais né en France" titrait Pierre Goldman, un militant politique devenu voyou pour s´être fourvoyé dans le mystère de la question kantienne "Qui suis-je ? "
Souvenirs obscurs en effet. Une chape de plomb recouvre souvent le passé des Juifs polonais. Notre histoire commence avec notre enfance. Notre famille se dit sans racines. Installée en Belgique ex- nihilo, chargée d´un passé qui se nomme oubli. Oh! Ce passé juif polonais ne s´est pas déroulé de la même façon pour chacun mais, hélas, il s´est terminé de la même manière pour presque tous ...dans les fours de Treblinka ou Auschwitz. Que sait-on de cet effroi qui vous saisit quand on sait qu´on va mourir? Instant de la fulgurante certitude. On va mourir à l´âge oú l´on a tant à vivre.
Cet effroi, cette solitude extrême, ce dénouement absolu...on ne les a pas partagés avec eux. Ceux qui ont été sauvés sont restés marqués. Ils n´ont pas partagé cet effroi et cette fulgurante certitude de la mort immédiate, sans appel. Et ce n´est qu´aujourd´hui que j´entends leur cri muet en réponse à mes questions insistantes - ah qu´on est dur quand on est enfant - leur cri et leurs pleurs silencieux :" Parents chéris, je n´ai pas pu vous sauver, famille adorée, je n´ai pas partagé votre sort, j´ai échappé à votre humiliante condition, nous n´avons pas subi l´esclavage et la torture.. nous avons failli à nos devoirs filiaux." Marqués. Ce n´est pas le numéro indélébile tatoué au fer rouge sur le bras des suppliciés. Marqués cependant, par cette blessure invisible d´avoir failli. c´est ainsi qu´on a grandi. Par des parents qui se vivaient comme des enfants faillis. On n´en parlait pas bien sûr. On n´évoquait pas ces disparus. ils n´existaient que dans l´absence de leurs noms et de leurs visages. Ils n´étaient même pas le passé. Ils étaient le grand vide, le grand néant avant le tohu bohu de la création du monde. Avant nous, la vie n´existait pas. Nous étions le début, le berechit de leur joie. Une joie incomplète, toujours ternie par l´ombre de ce non dit, de ce néant qui engloutissait tous ces morts chéris. " Je vous porte en moi comme des oiseaux blessés ..." Mais il a bien fallu en ces temps d´affirmation identitaire retourner aux sources, la- bas en Pologne, terra incognita. Ce fut à l´occasion du festival de culture juive de Cracovie que l´occasion se présenta. Puisque déjà nous allions là-bas où ils ne voulaient pas aller - Pourquoi veux - tu que je retourne là- bas ? Pour pleurer ? - je décidai de me rendre dans leur sztetl, assumer ce passé dont ils ne voulaient pas parler.
C´est ainsi que je suis allée à Wodzislaw.
Le village ressemble à Morlanwelz, le village où s´est installé mon père, avant - guerre, bien avant que je ne sois née, par accident un soir d´amour et de bonheur. J´y suis entrée comme si je connaissais les lieux. C´est à la bibliothèque municipale que je me suis d´abord arrêtée pour dire: " Nous sommes Juifs, nos familles vivaient ici avant que les nazis n´envahissent la ville." La bibliothécaire était émue, au-dessus de sa tête, pendait un tableau de la synagogue du 16e siècle peinte du temps de sa splendeur. Elle nous montra des livres de la région où on parlait de la synagogue calviniste, la gloire du village pendant si longtemps puis elle envoya son assistante nous conduire chez Monsieur Madetko, ancien directeur d´école - "un monsieur qui a vécu avec les Juifs et sait tellement de choses sur eux!" Il a raconté pendant 5 heures ses souvenirs : " Quoi, vous partez déjà? Attendez, vous n´avez même pas pris le thé ou alors une petite vodka aux myrtilles ?" Il nous recommanda d´aller voir Michal Nowak, l´historien et d´autres dont je parle dans le reportage de 12 pages que je leur ai consacrées. À eux, mes amis polonais qui, enfants, ont vu leurs copains juifs assassinés sous leurs yeux. Un traumatisme dont ils ne se sont pas complètement remis.
Ce reportage est paru dans le numéro de septembre 2011 de La Centrale, journal de la communauté juive de Belgique.
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