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Antisémitisme en Belgique (1)

| 09 12 2003

En Belgique, quand un père de famille énervé traite son bébé trop remuant de « sale juif »

BRUXELLES - Depuis bientôt trois ans, on assiste en Belgique, comme en France, à la résurgence de l'antisémitisme. Injures, agressions contre les personnes - rabbins, étudiants, professeurs, commerçants - mais aussi alertes à la bombe, vandalisme et sabotage contre les lieux juifs – synagogues, magasins, locaux de réunion - se sont multipliés. Des manifestations de solidarité avec les Palestiniens ou de protestation contre la guerre et l'impérialisme américain dégénèrent en manifestations anti-israéliennes et anti-juives. Dans la première partie de cette enquête, nous publions les faits tels quels. Suite jeudi 11 décembre, avec une analyse des causes particulières de l'antisémitisme en Belgique.

Sans reprendre la longue liste des incidents antisémites qui ont émaillé la vie de la société belge depuis 3 ans, citons-en quelques uns, pas forcément spectaculaires mais néanmoins traumatisants.
En septembre 2001, un des premiers événements antisémites, rendu public, semait l'émoi parmi les juifs et leurs amis. À l'aéroport de Bruxelles, des passagers en provenance de Tel-Aviv récupéraient leurs bagages, marqués à la craie d'injures antisémites : croix gammées, sale juif, mort aux Juifs…une enquête sera diligentée mais n'aboutira pas.
En mars 2002, on a pu voir sur la RTBF, la chaîne de télévision publique, une émission intitulée « les Juifs sont-ils mal aimés ? »…. Pourtant, la parole fut principalement donnée à ceux qui affirmaient qu'il n'y avait pas d'antisémitisme, allant même jusqu'à insinuer que certains actes attribués aux antisémites étaient le fait des juifs. Au cours de l'émission, fut projetée une séquence où un jeune Maghrébin filmé avec complaisance déclarait à propos des juifs : « C'est une race qui ne mérite pas de vivre ».
En juin 2003, lors des funérailles de la mère de Thomas Gergely, professeur d'université, on entendit des « Mort aux juifs » et « Que venez-vous faire ici, c'est notre territoire ! », criés par des élèves de l'école voisine du funérarium, sans que les professeurs n'interviennent. Aujourd'hui, depuis que huit d'entre eux ont été agressés par de jeunes Arabes, les élèves du lycée Maimonide prennent le métro à l'arrêt suivant. Les haverim des mouvements de jeunesse, harcelés par des bandes, n'osent plus aller jouer au parc le samedi. Les juifs religieux enlèvent leur kippa en public.
On entend aussi des remarques de plus en plus négatives à l'égard d'Israël et des Juifs. Les mots « juif » ou « sale juif » sont fréquemment utilisés à l'école dans les disputes entre copains mais aussi par des adultes à l'égard de leurs enfants. Il y a quelques jours, dans une crèche, sous l'œil médusé des puéricultrices, c'est dans ces mêmes termes qu'un père de famille traitait son bébé trop remuant à son goût.
Une échevine écolo de l'instruction publique d'une commune de la région bruxelloise affirmait récemment sans ambages : « Nous, les Européens, nous avons donné un pays aux juifs parce qu'on se sentait responsables à cause de la Shoah, mais maintenant qu'ils font la même chose aux Palestiniens… » La même chose ? « Vous savez, je n'ai pas le temps de lire, je m'informe par la télévision ».
La présidente d'une union des femmes libérales d'une ville wallonne, se déclarant pro-palestinienne, écrivait il y a peu : « S'il n'y avait pas de religion juive, il n'y aurait pas de peuple juif non plus. Pour moi, les Juifs ne sont pas un peuple mais les adeptes d'une religion qui souffre d'un complexe de supériorité ».
 
Jusque récemment, les juifs n'étaient pas appréhendés – du moins publiquement – sur leur particularisme. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas même s'ils sont d'abord des citoyens qui souscrivent aux valeurs de la démocratie. Récemment, au cours d'une conférence sur le conflit israélo-palestinien qui se tenait au siège du PS à Bruxelles, une sénatrice arabe a interpellé d'autres militants : « Qu'en pensent nos camarades juifs ? » Les voici stigmatisés, obligés de se définir sur le mode imposé, marginalisé par leur différence. Hannah Arendt ne disait-elle pas : « La crise de la différence ne constitue pas seulement le signe distinctif mais le danger particulier de l'âge moderne » ?
Un danger que peu d'intellectuels non juifs dénoncent, à la notable exception des frères Dardenne, cinéastes primés au festival de Cannes. Une sorte d'amnésie semble inhiber la société belge. Même la très respectable Fondation Roi Baudouin subventionne un projet d'Indymedia, agence de presse alternative, dont les règles éditoriales précisent : « Seront jetés systématiquement dans les "oubliettes digitales" d'Indymedia : toute contribution raciste, fasciste, sioniste, sexiste, homophobe ou discriminatoire ». Son site Internet (Indymedia.be) affichait jusqu'il y a peu une photo de Paul Wolfowitz, en ligne de mire d'un fusil avec cette légende : « jewish homicidal strategist wolfowitz. »


9 décembre 2003

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