Ecrits par le Collectif
À propos du sionisme
Texte publié (en version abrégée) en courrier des lecteurs du Vif/L’Express du 21 juin 2002, en réponse à la chronique de Jean Sloover du 10 mai 2002
Note de Dialogue et Partage : on peut légitimement s’interroger sur l’obstination de certains à refuser toute majuscule à Juif en tant que substantif . Il s’agit, sur ce point précis, de bien autre chose que d’orthographe.
La chronique de Jean Sloover intitulée "A propos du sionisme" et publiée dans l´édition du 10 mai 2002 du VIF-L´EXPRESS consiste en une série de réflexions sur l´essence du sionisme et pose la question du droit pour les non-Juifs d´être antisionistes, ce droit étant d´emblée reconnu aux Juifs. Question légitime, si ce n´est que l´auteur verse dans une réelle confusion à propos du concept même de sionisme. On en veut pour preuve la phrase mise en exergue au centre de l´article: «La majorité des Juifs de la diaspora sont attachés à Israël. Tous ne soutiennent pas pour autant sa politique.Cet ´antisionisme moderne´ est-il interdit aux non-Juifs?» Jean Sloover identifie donc les opposants juifs à la politique israélienne actuelle à des anti-sionistes. Il s´agit d´un amalgame abusif, mais qui montre bien l´invraisemblable confusion qui règne dans les esprits. Car il va de soi que l´on peut parfaitement s´opposer à la politique du gouvernement israélien - et de nombreux Israéliens et Juifs de la diaspora ne s´en privent guère si l´on en juge le succès de la dernière manifestation du mouvement « La Paix Maintenant » - sans remettre en cause l´existence de l´Etat d´Israël et la légitimité du retour des Juifs en Israël. Même les opposants les plus farouches à Sharon, ces refuzniks qui préfèrent subir la prison que de servir dans les territoires occupés, ne se prétendent pas antisionistes et restent fidèles à un Etat à majorité juive. Il est vrai qu´historiquement, une partie du peuple juif, des ultra-orthodoxes aux marxistes, en passant par les «assimilationnistes», s´est opposée au sionisme conçu comme la solution au problème de l´antisémitisme dans les pays de l´exil. Il n´en demeure pas moins qu´aujourd´hui, peu de Juifs manifestent une opposition active au sionisme. Tout au plus, ceux-ci adoptent-ils une attitude a-sioniste, c´est-à-dire qu´ils n´accordent aucune valeur privilégiée à Israël; on trouve parmi eux les tenants d´un Etat laïque et multiculturel au Moyen-Orient réunissant Juifs et Arabes. Et si l´on excepte les Juifs assimilés qui ne revendiquent plus leur identité juive, la grande majorité du peuple juif soutient la centralité d´Israël et le principe de la loi du retour.
En réalité, le texte de Jean Sloover semble vouloir remettre remettre en question le principe même d´un Etat juif en s´appuyant sur les tribulations du mouvement sioniste. Il ne s´agit plus ici de conspuer Sharon ou de condamner une occupation mais bien davantage de dénier aux Juifs le droit de vivre dans un Etat juif. Et il n´est pas le seul à partager ce point de vue. Ce glissement pernicieux vers un antisionisme avoué, de plus en plus perceptible dans les différentes couches de la population, nous semble, autant que l´antisémitisme, le véritable enjeu du débat actuel.
En définitive, si l´on pouvait être antisioniste avant la Shoah et avant la création d´Israël parce que l´on jugeait le principe d´un Etat juif, sacrilège, inutile, chimérique ou risqué, être antisioniste après 1948 revient à vouloir détruire l´Etat d´Israël dans son fondement, celui d´un espace national et démocratique où peut se gérer une large part de l´identité juive à travers ses contradictions et ses conflits. Il est plus utile d´encourager le débat à l´intérieur de ce territoire plutôt que de souhaiter que l´Histoire n´ait pas eu lieu et qu´Israël n´ait pas existé.
(1) Doubi Ajami ( ingénieur), Sara Brajbart (philosophe et journaliste), Hanan Buch (employé), Ouzia Chaït (pédagogue), Henri Chaït (lecteur), Liliane Charenzowski (psychologue), Maurice Einhorn (médecin et journaliste), Corinne Evens(gérante), Béatrice Godlewicz (directrice d´école) Véronique Golard (juriste), Samy Grauer (ingénieur), Michel Gross(sociologue), FrancisGrunchard (ingénieur), Lucyna Guttman (consultante), Evelyne Guzy(journaliste), Georges Hirsh (architecte), Maryvonne Jurdan (médecin), Richard Kenigsman (artiste), Dan Kotek ( journaliste ), Joël Kotek (historien), Jacques Kummer (chimiste), Ruth Kupfersztein(biochimiste), Marek Poznanski (agronome), Michel Laub (enseignant), Dominique Salomon(enseignante), Johan Vekemans(médecin), Danièle Waks (médecin), Lizi Wimmer (publicitaire), et Jacques Zajtman(architecte), membres du Collectif Dialogue et Partage.
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